Illustration de Juliette Gagnon Lachapelle

Illustration de Juliette Gagnon Lachapelle

Aucune de mes amies ne connaît son existence. D’ailleurs, je ne veux pas leur en parler. Je me cache derrière une vieille fréquentation qui traîne depuis plusieurs mois déjà, mais qui enlève tout soupçon d’amies sagaces.

C’est qu’il est anarchiste. Enfin, c’est ce qu’il dit. J’ignore ce que ça peut vouloir dire. À vrai dire, je me fous de ce genre d’idéologie utopico-bidon. Quand il a commencé à travailler au restaurant, ça s’est tout de suite installé entre nous deux. Cette envie violente de sexe impossible qui rend les relations de travail si compliquées. Alors, on s’engueulait à propos de tout. Ça le faisait bourrasser dans la cuisine comme une bête agressive, et moi je souriais moins aux clients qu’avant. Quand il a donné sa démission, et que toute l’équipe s’est retrouvée dans un petit bar près du restaurant pour une bière d’adieu, on n’a pas pu se retenir. Depuis, la tension violente ne s’éteint pas. Alors, on se voit sur une base régulière pour goûter les écumes de rage que nos bouches sécrètent.

J’ai vite senti qu’il adorait me prendre à quatre pattes. Il ne l’a pas dit. Je l’ai tout simplement senti dans son corps qui se tend soudainement davantage. J’aime croire que les filles de son milieu lui refusent ce genre de position. Qu’elles voient cela comme un acte dégradant lié à la domination patriarcale. Qu’elles préfèrent des positions où les corps sont face à face, où les corps s’équivalent. Grand bien leur fasse, ce n’est pas mon cas. Je joue le jeu au maximum en lui jetant des regards suppliants par-dessus mon épaule, alors qu’il s’enfonce en moi. Je me sens spéciale. L’envie de me surpasser emplit ma tête. Je veux lui en mettre plein la vue. C’est un préjugé idiot, mais ça me donne l’impression d’avoir un avantage sur le genre de filles qu’il a l’habitude de fréquenter. J’imagine qu’à chaque fois, je fous le feu dans sa tête. Que ça brûle toujours davantage ses beaux idéaux et que la cendre brouille son esprit. Un jour, je prendrais sa queue, et sans le prévenir, je l’enfoncerais dans mon cul, un sourire aux lèvres.

-Douce Poitras

Douce Poitras

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