Illustration de Marie-Anne Dubé

Illustration de Marie-Anne Dubé

 

Il y a quelques mois, Je me suis fracturée la cheville en jouant au soccer sur un terrain d’herbe synthétique. C’était lors d’un match contre l’équipe de connasses de l’ouest de la ville. Avec les mauvaises chaussures, j’avais joué, soit pas des chaussures à crampons qui assorties à des hautes chaussettes te donnent le look d’une vraie joueuse (salement sexy, les garçons m’aiment bien des fois dans le vestiaire après les match).

À chaque but, j’pense que je dégage un taux de phéromones, ou truc plus ou moins vaporeux qui crie « rentre-moi dedans » et qui les rend dingos, les garçons. Quand je marque, je sais que je peux me faire prendre par qui je veux mais je n’en profite pas toujours, presque jamais même. Sauf la fois, dans le vestiaire des gars où je suis entrée tout habillée sous le jet de douche, ruisselante encore de sueur de sportive. Je portais le numéro dix à l’époque et j’avais quinze ans. On jouait mixte. Mathieu était là, seul, côté garçon, l’eau coulait. Je suis entrée dans le vestiaire avec la ferme intention de le rejoindre. Je me trouvais game. Le bruit de l’eau mouillant son corps, me startait. Je mouillais à mon tour. Je me suis collée à Mathieu entourant sa taille de mes bras en posant mes mains directement sur son bat au cas où la proposition ne soit encore pas claire. Il a attrapé mon cou, m’a attirée sous l’eau. Il savait que c’était moi. Il m’a laissée jouer avec son membre, le temps de réveiller ses ardeurs et subitement, il m’a libérée de mon linge lourd, imbibé d’eau. Il m’a regardée quelques secondes, il suivait des yeux l’eau qui ruisselait sur mon corps désormais nu, cou, sein, ventre, hanche, sexe, puis seins de nouveau. Il m’a tendue son savon et j’ai commencé à me laver. Je me savonnais et son bat se relevait. D’un coup, il m’a retournée, ventre au mur, relevé mes fesses vers lui, a rentré son bat trop enflé entre mes jambes, il a agrippé un de mes seins et de l’autre main, il me tenait la taille. Il est allé et venu sèchement, sous le jet d‘eau, soupirait et a fini par grogner. Je n’ai pas eu le temps de venir mais j’ai frémi beaucoup malgré les douleurs. C’était ma première fois, je l’avais voulu. Je ne saignais même pas. On se lavait de nouveau, mon chandail au numéro dix ramolli, gisait sur le sol brillant d’eau. La ragazza Forzani y il numero dieci avaient scoré pas pire ce jour là. Mathieu était défenseur de l’équipe adverse.

Mais bref, le jour de la fracture pour cause de godasses inappropriées, mon erreur, ma sentence est tombée, j’ai glissé comme une débutante, une joueuse du dimanche. La honte. J’étais petite dans mes shorts de vraie joueuse, car dans la chute, j’ai entendu un clac dans la région de la cheville, et senti cette dernière prendre un angle improbable. J’ai ruiné le style qui taquine avec cette cascade d’indigent. Je savais. Je l’ai su dès que j’ai mis le pied sur ce terrain de plastique, en faisant ma belle gosse. Chiedo scusa Nonno!

Une fois au sol, ça riait autour de moi « fais pas ton italienne Forzani » que j’entendais sourdement depuis le niveau de la terre. Italienne ou pas que j’étais mollement, je m’étais pétée la cheville devant public. Il n’y aurait pas de douche festive, aujourd’hui après le match. J’avais pourtant repéré Thomas Martinez dans la tribune nord. C’était mort.

Une fois laborieusement debout, j’ai par réflexe enlevé mon chandail pour laisser le souvenir de mes nichons qui pointe au travers de ma brassière de sport plutôt que moi à cloche-pied, avec mon nom dans le dos, quittant le terrain tête même pas baissée, et la patte molle. Des gars habillés en arbitre m’ont fait la chaise et j’ai fait un finger à la pute de l’autre équipe qui me collait au derch, la grande classe, carton rouge !

Faut dire aussi, qu’il a deux ans, elle m’avait volée mon ancien amoureux enfin, il s’était laissé voler ce con, mais je l’aimais. Ça m’avait brisée et il avait voulu réparer, moi je n’ai jamais réussi à vouloir, soi-disant qu’il m’aimait. Vaffanculo stronzo.

Je m’étais ruinée la cheville, j’avais mal en crisse mais ça ne paraissait pas sur mon visage. Question d’égo.

Ma famille de « macaroni » avait fui Benito quand il commençait à avoir des idées plus grandes que son cul pour l’Italie. Une partie a d’abord fait de la maçonnerie dans le sud de la France, l’autre partie du clan a migré vers le nouveau monde, certains aux États, Ellis Island et tout le cirque. Mon arrière-grand-père, très jeune à l’époque, lui a atterri dans la belle province. Il ne savait pas à ce moment précis que c’était une bonne chose; pour moi. Donc, oui Forzani c’est mon nom, ça claque sur mon chandail brodé, en lycra, j’ai dit brodé pas floqué. À côté des Ouelette, Paquette et autre ette ette ette, ça claque. Les seuls qui claquent plus ce sont les noms africains du genre, M’Bokolo ou M’Barek, là je mincline. Forzani même brodé au fil d’or, je me demande toujours si ça fait anciens pauvres des Europes ou nouveaux riches des Amériques. En tout cas, en tant que joueuse de soccer, ça augmente mon capital coolness, j’pense bien. Quand les raggazzi du haut des gradins crient le dimanche « Forza-Forza-ni » moi je me défonce pour marquer. Oui, je suis attaquante. J’pense aux vestiaires et à leurs engins rosés gris qui bandent pour Forzani et ça me fait courir. Avec un nom pareil, je peux pas mal jouer au soccer. Je connais rien de l’Italie, j’y ai jamais mis les pieds mais j’aime à croire, que je joue bien, grâce à ce sang là. Je taquine le ballon rond depuis que je suis gamine, ma spécialité le petit pont et autres feintes. Ha aussi, le retourné semi-acrobatique, on va dire. J’agace quoi et je gosse sur le terrain mais juste par le ballon, j’ai une éthique sacrée sur le terrain man ! Dans les vestiaires, je tombe le maillot et l’éthique aussi.

En tout cas une fois que j’avais mangé mon carton rouge, je me suis retrouvée aux urgences de Santa Cabrini, deux vis dans la cheville et un plâtre digne d’un état communiste plus tard, morphinée à souhait, de retour du bloc opératoire, la ragazza Forzani, elle était plus cool pantoute ! Je n’ai pas pu marcher pendant six mois, ni poser mon pied au sol, la fracture était trop sérieuse pour mettre du poids dessus. Mon égo de footballeuse prétentieuse en a mangé tout une.

À ce moment précis de la chute de la honte, J’fréquentais un gars, en fait c’était le gars que « je voyais », une personne sans nom. Notre génération a développé un paquet d’euphémismes pour parler de nos relations sexuello-amoureuses. De là, à dire qu’on est une génération sans dessin, Ta gueule papa, silenzio !

Lui, c’était un pure laine, Dave Frechette qu’il s’appelait, j’avais de plus en plus le goût de dire son nom, parce qu’on ne se datait plus, on se fréquentait mais on ne connaissait pas l’environnement et les amis de l’autre, exceptés les colocataires. Cohabitation oblige. Cet accident n’est pas vraiment arrivé au bon moment dans la relation, car le timing, ingrédient désormais primordial à la réussite de toutes relations n’était pas là. Disons qu’on commençait à s’ouvrir l’un à l’autre et à penser qu’on entrait dans la vie de l’autre. On avait de l’intérêt pour l’autre sans faire d’effort et on s’émouvait même de nos petites faiblesses. Tout cela sans se le dire bien sûr.

Et là j’allais commencer à devoir lui demander des services ou pire lui de m’en rendre.

Et voilà, j’allais sûrement encore vivre le début de la fin d’une histoire qui n’avait pas commencé. Je n’avais pas d’auto et je ne pouvais pas marcher longtemps en béquille. Alors je me déplaçais en fauteuil roulant. L’enfer dans l’autobus pour me rendre à Santa Cabrini avec ma patte d’animal blessé et ce modeste fauteuil. Je portais mon chandail de soccer ou des joggings, chaque fois que j’allais voir mon physiothérapeute, pour avoir l’air d’une sportive dont le déplacement en fauteuil roulant était clairement provisoire. Il me fallait avoir l’air d’une athlète en rééducation, dans cette salle ou tous ces décatis semblaient faires des exercices absurdes pour se réparer. J’étais en réparation, en stand-by et je n’avais du temps que pour réfléchir aux vraies affaires, sti.

Ce jour-là, le cul dans mon fauteuil roulant, sur lequel trop de sacs étaient accrochés, témoignant de mes expéditions à travers la ville malgré ce handicap, j’ai quitté l’hôpital. Vêtue de mon chandail noir et or comme un petit vainqueur déchu, j’avançais mes roues dans l’entrée de l’hôpital et Dave Frechette m’attendait. Il était planté à la sortie me scrutant. Ben ça alors. Il était là, un léger vent l’échevelait, de la buée sortait de sa bouche, les mains dans ses poches, nonchalant. Il me souriait avec ses yeux et sa face de gars faussement humble qui vient de faire un move. J’ai ressenti un truc dans la poitrine qui m’a mollement fendu le cœur en deux. Une émotion guimauve. Maudit, qu’allais-je en faire ? Moi qui faisais un peu trop fièrement tout, toute seule.

***

Il pousse mon fauteuil, j’accepte même si… il hèle un taxi. Ok !

Il plie le fauteuil, le place dans le coffre du tax. Le taxi roule, Dave frechette me tient la main. Je regarde les immeubles de briques rouges, défiler au travers de la fenêtre du véhicule. On s’arrête devant chez lui. Il paie le taxi. Je monte à cloche-pied les escaliers jusqu’à sa porte, pendant qu’il s’empare de mon fauteuil. On ne s’est toujours pas parlé. Quand il déverrouille la porte de son appart, une odeur de cuisine de grand-mère s’en dégage. Dave Frechette a cuisiné. Sérieux. Je sautille jusqu’au sofa et m’y affale. Troublée par ces attentions, j’observe Dave Frechette qui me sert un verre de vin blanc que je n’ai pas demandé. Il déplie mon fauteuil et l’approche du sofa. Il retourne au coin cuisine, tourne la molette du poêle pour réchauffer ce qui avait l’air bon. Je le regarde, me redresse et m’assois sur mon fauteuil roulant qui est devenu mon meilleur ami dans les derniers mois. Faut dire que les amis ont décampé pas mal depuis cette fracture. Mon cell ne sonne plus c’t’enculé. C’est ce fauteuil qui m’accompagne partout désormais. Dave Frechette et moi, on s’etait frité une coupe de fois d’ailleurs, à ce sujet. Il trippait pas de sortir avec moi dans ce fauteuil, il avait un peu honte mais il ne le reconnaissait pas. Maudite mauvaise foi du câlisse. Ce genre de mensonge inutile et étroit d’esprit me met tellement en tabarnac que j’avais pété son cell en roulant volontairement dessus et je n’arrivais toujours pas à m’excuser.

Moi et mon nouveau best le fauteuil, on continue de regarder Dave frechette en sirotant le p’tit blanc. Quand Dave Frechette se retourne, ma main se trouve dans mes pantalons et je fais aller mon fauteuil roulant d’avant en arrière en poussant d’un quart de tour les roues, de mon autre main appuyée sur le mur. Dave Frechette lâche un petit rire inspiré, coupable de complicité. Je le regarde droit dans les yeux et lâche à mon tour, quelques gémissements, mon best aussi commence à couiner de la roue. Il me regarde en coupant du pain, le Frechette. Je continue de faire aller mon fauteuil, qui actionne ma main en clit’ position. Faut dire que mes bras sont pas mal musclés depuis mon accident de soccer, fuselés et efficaces, ces petits membres. Dave Frechette continue de préparer le souper, au rythme de mes tours de roues. Il me zieute le plus souvent qu’il peut. Je vois dans son regard, tant d’approbation. Mon bras à force de faire des tours de roue est à bloc, mon biceps contracté, même sur le nerf, j’dirais. Comme moi, entre mes jambes.

Je fais tomber mes pants mous en me hissant sur les bras de mon fauteuil. Quand Dave Frechette me lance une nouvelle œillade, fauteuil et moi, lui offrons le même spectacle mais cette fois à découvert. On a ricané de sa petite face de stupéfaction. Là, Dave Frechette ne me lâche plus du regard, alternant de mes yeux à mon entrejambe, les roues du fauteuil continuent, elle de gémir de satisfaction. Je suis de plus en plus légère. À ma grande surprise, je crois que les gentillesses de Dave Frechette ont joué un certain rôle d’aphrodisiaque. Je ne peux pas ne pas me l’avouer. Sono nella la merda.

À peine quelques instants plus tard, il est agenouillé devant mon fauteuil, il bloque mon bras et approche sa face entre mes jambes, je frémis, parce que je commence à être horny d’avoir fait aller et revenir mon fauteuil et fait mon show à Dave Frechette. D’un coup de langue, il me fait fondre. J’entoure direct, mes cuisses autour de son visage en les posant sur ses épaules de gars, à genoux. Il me frenche la noune et pour couronner le tout, mes bras accrochés aux roues du fauteuils les active. Ce qui décuple solidement les secousses de plaisir. Ce fauteuil roulant décati est définitivement un vrai ami. Je me demande même si on faisait pas un trip à trois. Le fauteuil et moi on se met à gémir à l’unisson. On vibre en même temps. Les roues, mes bras et la langue de Dave se démènent au même rythme. On semble s’envoler, mon meilleur ami, moi et mon pas chum.

Mon corps se contracte puis se ramolli d’un coup, les roues se sont crispées sous ma cambrure démesurée. Dans la bouche de Dave Frechette, je suis venue.

Assise de nouveau dans mon fauteuil, je défais les pants de Dave, qui glissent vite parce qu’ils sont pressés. Je n’ai pas le temps de le sucer. Sans avoir repris nos respirations, Dave frechette me retourne, je me laisse faire. Il est debout, me tient les cuisses par en dessous, mes bras sont appuyés sur les roues. Il me pénètre shiiiiiit. Lui aussi, ça lui fait de quoi. Je réactive aussitôt mes bras sur les roues pour prolonger le mouvement de va et vient. Câlisse que mon fauteuil est en osmose avec nous. Je m’imagine la vue depuis les yeux à Dave Frechette : mon chandail noir et Forzani brodé or qui doit vibrer à mesure de nos secousses sur mon cul nul, nos chairs qui se frappent, le fauteuil qui avance et recule, toutes nos respirations de fun qui se mêlent.

Je suis venue encore une fois. Ben criss. Dave Frechette a fait une pause. Il se retenait. On voulait faire durer le moment. Il était parfait, le moment.

Je me surprends à faire l’amour. Comme une envie de me baisser les armes, que je me mise à penser dans l’élan tellement je me sens bien et de le dire.  Je ne le fais pas par contre. Là, j’ai eu mal à la cheville. Je me dis plus que je m’excuserai pour avoir écrasé son téléphone pendant le souper post-sexe-love.
Je souris même.

Je m’assieds dans mon fauteuil, les bras gonflés d’orgueil, l’entrejambe gorgé de spasmes. De mon pied valide, je pousse le corps de Dave dans le sofa qui perd l’équilibre. Mon fauteuil sait ce qui s’en vient et il capote. La verge de Dave aussi sourit en saint-crème. Les yeux de Dave eux s’impatientent. Ça m’émeut. Je cale mon pied handicapé sur des coussins, ma jambe fonctionnelle, je la replie, offrant au passage une vue affriolante à Dave. Mes bras toujours au poste sont fin prêt à repartir la cadence. Dave comprend sans qu’on ait à se parler et approche son bassin sur le bord du sofa pour que sont bat s’emboite parfaitement dans ma fente, comme un légo. Bang, on reprend nos souffles essoufflés, eye-contact débordant de love et d’orgasme sur le bord. Mes bras catchent le timing et les vas et vient reprennent. Dave ne bouge pas, il savoure juste son corps que je lui fais ressentir en m’enfonçant sur lui et en remontant et ainsi va la suite. On va tout doucement. Même le fauteuil va venir et gémit en chuchotant. Ça y est Dave a laissé choir ses paupières et adossé sa tête vers l’arrière sur le divan. Et voilà bouche entrouverte, il échappe des expirations qui électrisent mon fauteuil. J’accélère la cadence du mouvement des roues pour que les allées et venues de mon bassin sur celui de Dave soient plus efficaces et profonds. En récompense j’obtiens un beau début de grimace sur sa face. Dave m’attrape par les hanches et me pince presque ouch, sa grimace continue son travail et je m’en délecte. On a pas pris le temps de mettre de capote et on dirait que je m’en criss. Non, ça s’peut pas. Dave lui, sait que je ne m’en fous pas parce qu’alors que sa grimace a presque déformé sa face de plaisir, il donne un coup de pieds léger dans les roues du fauteuil pour que son bat se dégage d’entre mes jambes. Il essaie de me regarder droit dans les yeux mais il en est incapable car il grimace trop et expulse une bien belle jouissance. Sous un son masculin orgasmique, son foutre se répand sur ma jambe et sur mon fauteuil. Ce dernier s’en délecte. On reste comme ça tous les trois légers de nos plaisirs partagés, un moment, histoire de laisser retomber les souffles et les pensées sur le plancher terrestre.

On va bien manger. On va être bien. Je vais m’excuser pour le téléphone et faire une Forzani de moi même. Évidemment, j’aurais pas les couilles de lui dire que je l’aime, ni même de le penser. Quelle chienne la peur. Le premier des deux qui l’dira, ça sera ni lui, ni moi. Je me sens d’humeur aérienne grâce à Dave Frechette et j’ai crissement hâte de taquiner le ballon rond sur le terrain de nouveau et de rentrer des buts, forza Italia, sans mon fauteuil roulant. Et un jour même penser à appendre à aimer. Avant ça, réapprendre à marcher.

-Sherifa Tarasse

Sheriffa Tarasse

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