Illustration de Josie-Anne Lemieux

Illustration de Josie-Anne Lemieux

J’laisse la balle bondir deux, trois, quatre fois. J’essuie la sueur de mon front, regarde Élyse dans les yeux, et lui sert un puissant service qu’elle renvoie en coup droit. Juste un peu trop fort.

«Out. 30-love.

- Câlisse.»

J’adore cette fille. Belle, grande, wise, hyper compétitive. On s’est connus sur ce court des shops Angus, là où elle entraîne les meilleurs espoirs de la région.

«Les spots vont fermer dans, comme… trois minutes. Veux-tu qu’on-
– On finit la game.

- …

- Aweille!»

J’suis en train de la torcher. Elle badtrippe tight. Cette fois, ma meilleure forme l’emporte sur sa technique irréprochable. Cette fois-ci, pis celle d’avant, pis celle d’avant ça aussi… 

Je sers en brossant. Réplique du revers qui me désarçonne: je frappe du bout du cadre, la chance me sourit, pis ça bondit de son bord, à peine passé le filet. Une shot impossible à renvoyer. Ouf, elle va péter sa coche.

«’barnak, tu me niaises?
– Désolé.»

Elle serre les dents, la rage imminente. Vulnérable. Les crocs me poussent: je veux l’achever. Voici le truc – on prend un malsain plaisir à se faire chier mutuellement, à se narguer toujours un peu trop, à presque forcer des chicanes. C’est du jeu. Elle est baveuse, je suis un troll de nature, et le makeup sex est totalement awesome. Mais la planter au tennis, déjà… J’pousse ma luck. 40-love, balle de match.

Je sers en puissance. Elle remet en croisé, et juste avant que je puisse répliquer, les spots de lumière ferment. Je perds la balle de vue, interrompts mon élan et lui cède le point.  

«Ben… on arrête? Dis que j’suis le best, pis j’te paye la slush?
– 40-15, balle de match. Amène-là, ta garnotte.

- T’es tu fru?

- Ta yeule.»

Ok, championne. Je fais bondir la balle une dizaine de fois. J’prends ben, ben mon temps, pis je lui décoche un service à m’en déboîter l’épaule. Elle connecte avec sans problème, la décrissant de toutes ses forces haut et loin, loin, hors du terrain, hors de vue. Balle perdue.

«Fru?»

J’suis crissement fier. 6-4, 6-2. J’suis déjà en train de penser à poster ça sur Facebook, rien que pour tourner un peu le fer dans la plaie. Elle m’a planté tellement souvent…  

On marche vers le filet pour le handshake protocolaire. J’ai un p’tit peu la chienne, à vrai dire. Elle me tend une main hostile, raide, que je prends délicatement pour la baiser en m’agenouillant, tout en ricanant comme une hyène. Je me relève et m’attends à sa pire bitch face, mais elle me surprend avec un sourire en coin, dents sorties, mordillant la commissure de sa lèvre. Y’a rien qu’un bout de lune pis les lampadaires lointains pour t’illuminer la face: j’arrive pas à voir si tu feel joueuse, ou si t’es juste en crisse. 

«J’ai envie de te péter la yeule.»

Mais elle le dit en joke. J’vois qu’elle a juste envie de passer à autre chose. Je regarde à droite, à gauche, derrière. Personne en vue. À onze heures, ici, y’a pu grand vie. Hmm…

«Ouin? Y’est où ton backup? J’vois personne d’autre que toi.

- Pousse-moi encore plus, rien que pour voir.

- Okay, j’te propose de quoi. Tu me suces live là, drette icitte, pis on parlera plus jamais de ce match. J’en parlerai à personne non plus.

- Esti. T’es cave.»

Elle me sacre un p’tit coup de raquette sur le tibia. Assez pour me faire plier en deux. Correct, je l’ai cherché.

«Faque… ça veut dire non?»

Elle tend une main et me prend les couilles à travers mon short, serrant juste un peu trop fort.

«T’es tellement cave.»

Elle se rapproche de moi et claque des dents à un millimètre de mon nez. Sa main remonte vers mon ventre, tire mon short et mon boxer au bout de leur élasticité… puis les relâche d’un coup. Ça claque, mais je reste stoïque. J’ai vraiment mal au tibia aussi, sacrament, mais t’sais, l’orgueil… Elle reprend mon sexe en main et souris lentement en hochant la tête.

«Mais…pfff, ça sort d’où, ce call-là?»

Elle regarde à gauche, à droite, derrière. Pour toute réponse, j’y fait un grand sourire. Elle rit de plus belle, avec un air incrédule. J’pensais même pas qu’elle considérerait, mais là… Sa main se fait plus nuancée, diplomate. Je commence doucement à bander. On regarde tous les deux aux alentours. Elle me flatte le pénis lentement en expirant dans ma face. Hmmm… Menthe? Une mâcheuse compulsive, elle. Justement, elle prend la gomme des doigts et la sort de sa bouche. Des yeux, je désapprouve son intention de juste la crisser à terre. Elle la fout dans ma bouche, à la place, eurk. Pis… elle s’agenouille. On est de part et d’autre du filet, qui se trouve dans le chemin. 

«T’en parleras pu jamais?»

Tombent mes shorts.

«Promis.»

Tombent mes boxers.

«Okay, mais à une condition… Faut que tu passes ta queue dans le filet.»

J-je, hein, quoi? Okay. Elle lâche un ricanement de sorcière et dirige ma semi-croquante dans une des mailles du filet, l’accueillant de son côté avec une bouche béante. J’en reviens pas. J’en oublie rapidement mon tibia, qui portera pourtant un bleu pour le restant du mois.

Je me laisse faire. Mes yeux tournent vers le ciel, se fixent au croissant de lune. Un croissant fin, tranchant. Une faucille, presque… Je spotte la Grande Ourse pendant un moment. Toujours la même étoile qui est dure à voir, pourquoi, hein? Celle qui lie la poignée au chaudron, là…t’sais…aaaah, c’est quoi je disais? Mon QI prend une drop soudaine. Mon gland franchit ses lèvres à une cadence soutenue. Ma semi-croquante n’a plus rien de semi.

Pop! Ély sort mon engin de sa bouche avec un bruit de succion bien net. Je lâche les étoiles assez vite, merci. Elle monte ses yeux verts sur mon visage où reste encore une grimace de plaisir hagard. Elle fait l’actrice, s’amuse à me branler en clignant des yeux frénétiquement, comme dans la scène finale de tous ces vidéos porno, comme si elle attendait mon cumshot dans la face, craintive d’en pogner dans les yeux.

«T’es ben mieux de le dire à personne.»

Elle me reprend en gueule, du plus profond qu’elle peut. Vient un son de gagging qui m’envoie illico un déluge de sang dans le sexe. Elle porte toujours sa casquette de tennis, ouverte sur le dessus, avec sa tignasse brune en queue de cheval qui passe à travers. Je la déloge d’une pichenotte. Elle, pendant ce temps, s’amuse ferme. Après le deepthroat, elle me suce aggressivement les testicules en narguant mon anus de son index. 

J’suis crissement bandé. Assez pour me rendre compte que… ben fuck, j’suis prisonnier du filet. Si j’me retirais maintenant, je m’éraflerais le manche ben comme il faut, pis le gland, ben, j’veux même pas y penser. Bien joué. Je respire bruyamment pour y indiquer qu’à ce rythme-là, j’vais expirer dans pas long. Elle se lève d’une traite, se tourne pour me faire dos, et m’offre son cul avec élégance. J’perds pas de temps: je lève sa jupe, tasse sa culotte sur le côté, la penche d’une main pendant que l’autre guide ma queue dans son écrin. Je lui mets deux doigts dans la bouche en poussant lentement jusqu’au fond, un, deux, trois longs aller-retours… Pis je m’impatiente.

Ça déboule. Je joue le conquérant. J’la pénètre vite et fort. Elle gémit à travers mes doigts. Je lui sacre une monstrueuse claque sur le cul en guise de vengeance pour mon tibia meurtri; elle me mord les doigts en réponse. Je lâche un juron et lui prends les hanches à deux mains. Ça rebondit, ça claque. Le doggystyle est mon talon d’Achille – trop excitant, je finis toujours par perdre la tête et m’emporter. J’dure jamais aussi longtemps que j’le veux. Ély le sait.

«Dis-moi si t’es sur le point -

- J’vais venir, j’vais venir!!»

Elle fait deux pas vers l’avant, me laissant le pénis nu, affamé, puis se retourne pour m’observer en éruption. J’suis bouche bée par l’incompréhension et la jouissance qui me traverse. Les yeux gros comme des deux piastres, je regarde mes giclées de sperme tomber tristement sur le terrain, sous son regard amusé. C’est drôle comment l’orgasme, chez l’homme, est une chute brutale. Je reviens sur Terre, le désir à zéro. Le tibia m’élance à nouveau. J’suis pogné là, la graine dans un filet de tennis, à attendre de débander pour m’en sortir. Esti que j’me sens cave, tout d’un coup, mais on prend le temps d’en rire. 

Revenus trois jours plus tard, on essayait subtilement de voir s’il restait des traces de moi séchées sur le court. Nope, rien. J’ai tenu ma parole et n’ai jamais parlé du match, confiant que j’avais élucidé son mystère, confiant de la rebattre. 

C’était sous-estimer son orgueil. J’ai jamais été capable de reproduire ce score.

-Zèbre

zèbre

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