Illustration de Véronique Côté

Illustration de Véronique Côté

Tu as passé le pas de la porte cowboy tes bottes qui résonnent ton pas franc dans le couloir qui claque comme nul autre. Tu a passé le pas de la porte cowboy tu prenais toute la place tu t’es ramené jusqu’à moi l’air de dire arrête tout ce que tu fais petite. Tu as passé le pas de la porte cowboy et sur le champ je te détestais car tu ne me donnais pas le choix tu étais trop proche et tu me fixais avec tes deux yeux bulldozer l’air de dire c’est inutile toute ta petite mascarade je t’aurai je t’aurai dans seulement quelques minutes dans seulement quelques secondes. Tu as écarté mon orgueil tu l’as mis à l’enclos puis je n’étais plus qu’une petite bête domestiquée et bien vite tu pourrais me posséder toi ton lasso et tes bottes qui claquent.

Moi au comptoir accueil je te dis oui oui oui une chambre de libre d’accord monsieur « american wyoming visiting for pleasure fuck yeah ». Tu signes tu paies avec tes billets laids et incolores « thank you miss » tes yeux deux choses étranges tes mains dans tes poches de jeans qui ont vu la route sans un sourire à deux pouces de mon visage.

Tu as passé le pas de la porte et s’est levée une tempête de sable dans les rues du Vieux-Montréal remplissant les fenêtres du vestibule de jaune.

« Chances of electric thunderstorm, closing early today sir. »

Tu fais clic clac dans la marée dorée avec ton corps élancé et nerveux se déplaçant en déambulations circulaires. Je referme le registre des réservations mes doigts suants sur les pages j’ai chaud j’ai froid j’ai peur.

« Follow me. »

La clef dans mes mains qui serrent trop fort je m’avance dans le couloir étroit et ancestral. Tu me suis de très près en garde à vue et je pressens le balancement de tes hanches.

« Room seventeen. »

Les dents de métal qui s’enfoncent dans la serrure mes doigts qui pressent sur le battant et ça craque et ça grince la porte qui s’ouvre finalement. Lit mince table bible tapis chaise poussière et une grande fenêtre où tout est opaque et jaune. Il fait sombre et le plafonnier qui ne nous aide pas.

Je me dirige vers la petite salle de bains bleue tout au fond pour t’agripper une « fresh towel please miss » et j’entends clic.

Je jette un coup d’œil par l’embrasure de la porte toi torse nu étendu sur le lit à nonchalamment te rouler un joint puis à l’allumer. Mon sang ne fait qu’un tour mon visage rouge mon cœur qui bat en pompant mes joues et mon crâne qui brûle. Je m’appuie contre la vanité en te regardant et je glisse mon index sous ma jupe de travail. Ton torse battu par le soleil du sud solide foisonnant sombre et doux. La fumée qui étire dans la chambre son odeur exquise. Tu écrases tout près de la bible puis lèves ton regard de sauvage vers moi.

Je me sens comme le bois de la table brûlée vive. Deux secondes puis je suis sous toi mes doigts mouillés dans ta bouche. Tu me mords derrière la nuque sur l’épaule ça fait mal mes seins sont durs comme des boules de bowling. Tu les presse tu les masses tu les lèches ton visage perdu entre les deux comme dans une grotte. Ta crinière délavée me chatouille les côtes. J’agrippe ton sexe dur à bout de bras tu pousses un petit cri rugueux avant d’enfoncer ta langue dans ma bouche. Respire par le nez petite ici tout est trop fort tout est trop chaud et cette verge massive que je colle contre mon clito tout en la branlant. Le liquide qui s’échappe de ton gland vient se mêler au mien alors que je sens ton souffle sans délicatesse qui recouvre tout dans un râle très grave comme on n’en retrouve pas au nord de la frontière.

Tu me pénètres comme on tire sur une proie et je te sens t’enfoncer en moi comme la plus belle des blessures. « The whole kit and caboodle ». Mes ongles s’enfoncent dans ton dos laissant des traînées rouges partout comme si on t’avait malmené. Chacun de tes muscles est attaqué. Tu as lancé ton lasso et moi je suis la petite bête captive mais je veux te faire mal mais je veux te faire mal tellement ton agressivité sauvage est contagieuse.

Alors que tu me chevauches très rapidement je me retrouve dans une vallée cerclée de montagnes aux sommets enneigés. Grand Teton National Park, « home of the great wilderness ». Leurs pointes rocheuses déchirent le ciel et charcutent les nuages dont le contenu se répand sur un champ d’un vert luxuriant. Ici le relief accidenté et dramatique provient d’une autre planète, les clôtures tordues et desséchées des bêtes disparues sillonnent la plaine. Nous sommes seuls et nos draps trop amidonnés volent au vent, explosant sous les rafales. Tu relèves mes jambes derrière ton cou je te sens t’enfoncer si loin en moi que j’ai peur de me briser, puis ta main joue avec moi comme une petite marionnette et alors je redeviens liquide.

Je ferme les yeux et j’entends au loin quelqu’un qui sifflote une mélodie triste. Dans l’obscurité jaunâtre de cette chambre que je devrai nettoyer un peu plus tard, nos ébats anonymes se soldent en une seule jouissance brutale. « Thank you for the ride cowboy ».

-Une femme respectable

Une Femme Respectable

 

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