IIlustration de Marie-Anne Dubé

IIlustration de Marie-Anne Dubé

La loi est dure, mais c’est la loi.

S’occuper l’esprit en tentant de se remémorer son latin oublié est un vieux truc qui puisse permettre de faire disparaitre une érection encombrante. Au moment où cette histoire se déroule par contre, c’eut été les seuls mots de latin que je connaisse. Vous comprendrez donc que de les répéter ad nauseam (mon latin s’est amélioré depuis), n’eut aucun effet. Ainsi, à savoir qui fut le plus dure dans les circonstances, moi ou la loi, je répondrai fermement : Se faire sucer en char.

D’ailleurs, un peu de contexte pourrait vous aider à concevoir l’effervescence qui régnait  dans mes caleçons au moment d’agir en criminel et peut-être pourrez-vous sympathiser à la cause du pauvre forçat que je suis. Voyez-vous, nous avions envie. Il y avait encore 4 heures de chemin à faire. Il y avait l’autoroute interminable dans la tempête. Il y avait 150 voitures en convoi roulant à la queue leu leu. Il y avait le chauffage dans le tapis. Il y a avait de la bué dans 5 des 6 fenêtres du véhicule. Il y avait un medley de Steely Dan à radio (Steely Dan c’est avant tout le nom du dildo dans Naked Lunch de Burroughs. Saviez-vous?). Il y avait ma ceinture de sécurité détachée comme dans « t’es pas game » et il y avait ses doigts qui se doigtaient vraiment comme dans « fuck you, j’fais ce que je veux ». Vous voyez tout ce qu’il y avait? Comment tout cela ne pouvait finir autrement qu’en brisant la capote du code routier?

Le cruise était barré à 80, ses jambes formaient un angle de 45 degrés sur le tableau de bord de la voiture et je la forçai à descendre ses leggings jusqu’aux genoux parce que je voulais voir. Le bassin pointé vers le coffre à gant, elle caressait le sillage de sa fente humide, qui ruisselait déjà sur le siège capitaine de la van et ça donnait soif de la regarder. Bientôt, ses petites lèvres, gonflées par le plaisir, avaient doublé de taille si bien qu’elles avaient largement dépassé les grandes. Elle s’amusait à les pincer fort entre ses doigts jusqu’à ce que pointe son clitoris et elle s’assurait du regard que je sois bien témoin de ses manœuvres.

« You’d suck on this wouldn’t you? »

Je balbutiai mon envie, lançant un regard circulaire sur le trafic omniprésent, tant devant que derrière nous.

« But you can’t, cause you have to drive. You have to keep us safe… »

Et je réalisai que sa main libre avait déjà trouvé son chemin jusqu’aux boutons de mon jeans.

« Stay focus my baby. »

Elle eut dû mal à sortir de sa prison ma queue plier en deux et s’étonna que tout cela aie pu entrer dans un pantalon. À ce moment, je sentit le sang comme une vague, irriguer mon sexe jusqu’au gland. L’afflux sanguin fût si fort qu’il fît pulser plusieurs fois ma verge contre le volant et je sentit le besoin de m’en saisir pour que cesse les spasmes. Elle s’étonna avec plaisir de ma vigueur et comme inspirée, elle s’enfonça le majeur dans la fente jusqu’à la jointure. Son souffle se coupa d’un râle et j’eus l’impression qu’elle se surprit elle-même. Elle fit l’aller-retour plusieurs fois, arrimant le rythme à sa respiration, son doigt d’honneur comme un fuseau de manufacture. Puis, de son autre main, elle tira sur ses leggings tendues qui limitaient ses mouvements et les fis descendre jusqu’aux chevilles. Ses cuisses s’ouvraient maintenant si grandes que son pied gauche menaçait le volant et je décidai de ramener ma main droite à la conduite tout en confiant mon sexe à la gauche. Cambrée sur elle-même, un deuxième doigt, l’annuaire, se fraya un chemin et vint appuyer les va-et-vient du majeur. En remarquant son index et son petit doigt flanqués de chaque côté de son sexe ouvert, je ne pus m’empêcher de sourire. Ses doigts marquaient son entrejambe du signe du diable.

« Tu sais qu’on pourrait se faire arrêter par la police?»

Elle rit. Continua de ronronner, deux doigts au fond de la chatte, la paume en appui sur son magnifique petit bouton de chaire.

« Why? »

« Nudité pas attaché. »

Elle le répéta dans son français cassé : « Nudité pas attaché. Nudité pas attaché! » Ça nous fit pouffer de rire. Elle hocha la tête et ouvrit les yeux qu’elle avait clos depuis déjà un bon moment, regarda son sexe où se dandinaient toujours ses doigts. Puis, elle les retira tout luisant avant de se les glisser dans la bouche. Elle les suça et son regard fit plusieurs aller-retour entre ma queue et mes yeux.

« Ça, c’est la prison assurée. »

Elle haussa les sourcils et je passai mon bras derrière l’appui-tête de son siège. Elle plongea vers mon sexe, mais s’arrêta net à mi-chemin, à quatre patte sur son banc et le cul dans la buée de la vitre passager. En chienne de chasse, les yeux grands ouverts et sans bouger, elle fixa la voiture qui nous dépassait lentement par la gauche. Je ramenai mon bras sur le volant, comme pour la cacher des regards indiscrets et c’est à ce moment qu’elle insista pour terminer sa descente et m’engloutir. Il n’y eu plus rien pendant une seconde sinon la chaleur humide de sa bouche et mon sexe, l’impression qu’elle créait ma queue de son geste, comme le magicien sort un lapin de son chapeau.

« Fuuuuccckkk oui »

Les deux voitures étaient côte à côte et ma bite ne cessait d’apparaitre et de disparaitre entre ses lèvres. Je me délectai du spectacle, ramenant ses cheveux dans un chignon que je tins délicatement. Puis, je risquai un coup d’œil dans l’habitacle voisin. J’y vis un couple plus âgé.  Elle lisait quelque chose comme « Châtelaine », un poodle excité sur les cuisses et lui, fixait l’horizon vague. J’eu soudainement froid dans le dos et si peur de débander, que j’appuyai tranquillement sur la tête de ma douce pour m’enfoncer dans sa gorge. Elle obéit et me gratifia d’un excès de salive brulante qui enduit la base de mon sexe et ma bourse. Nous râlions en cœur maintenant et de plus en plus. Mon corps entier tremblant sous ses vocalises, comme un paratonnerre de bouche électrique, pis c’était bon en tabarnak.

Dans le délire des phares qui valsaient devant ma conduite approximative. Dans l’ivresse de la voir défiante, une bite entre les dents, se redresser à chaque voiture qui dépassait la nôtre. Dans l’insouciante témérité que nous avions à nous faire jouir, kit à tuer…

Et quelque part avant de venir, avant de lui rendre sa ride dans le parking de la caserne des pompiers de Cap-Chat, je pensai à Marie-Soleil Tougas. Je la revis, du haut de ses 4 ans dans une pub du gouvernement nous scander que « Tout le monde s’attache au Québec ». Je pensai à mes vieux, bâillonnés de poodle et de silence. À tous ces malheureux ligotés, pour qui l’habitacle hermétique du char est la métaphore de leurs vies. Je pensai à Marie-Soleil qui, sauf exception, avait raison… « Tout le monde s’attache au Québec ».

Puis, je pensai à toutes ses possibilités que ma belle et moi pourrions avoir dans un avion.

 CAVE CANEM

- Guedoune

Guedoune

1 Comment

  1. Puce0029
    June 19, 2014

    Je viens de terminer la lecture de cette nouvelle, et de toutes les précédentes, et vraiment, je vous lève mon verre et mon chapeau. (Je ne suis pas folle, voilà déjà deux semaine que je vous ai découvert, je n’ai pas passé toute ma journée à vous lire, voyons! Mais ça m’aurait tentée…)

    Vous avez une oeuvre maginfique, puissante, singulière. Vous êtes crus, poétiques, vrais, tendencieux, un peu crasse, juste assez suaves… Vous vous complétez tous à merveille et vous lire -vous jouir- est un pur bonheur, pour tous les sens et dans tous les sens! Continuez, je vous en prie, vous faites beaucoup trop bien cela pour arrêter!

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