Illustration de Marie Anne Dubé

Illustration de Marie-Anne Dubé

 

Fin d’avant midi, la sonnerie de mon téléphone intelligent se fait entendre. Normalement, c’est professionnel. Autrement, on communique avec moi par texto.

C’est Jos. « T’es libre cet aprèm ? », me demande-t-il. Il ajoute : « J’ai un ami qui cherche quelqu’un pour doubler de la porno rush. C’est du sérieux et ça presse ». Comme je n’ai rien d’autre et que l’idée m’a toujours fait sourire, je dis oui, sans trop y réfléchir. Pas glorieux pour un acteur, mais l’idée m’enchante quand même. « Sois-là pour 14h00, j’te texte l’adresse » et il raccroche.

J’en ai fait des niaiseries dans ma vie. Celle-ci était sur ma to do before I die list depuis un moment, mais j’me disais que les chances que ça se produise…

Il faut dire que j”ai très peu d’expérience en doublage : jusque là, je n’ai doublé, que des films d’animation, en plus de faire un peu de pub et de surimpression vocale dans des documentaires.

J’ai sauté sous la douche et j’suis arrivé avec un quart d’heure d’avance au studio installé dans un quartier industriel de la rive-sud de Montréal. Un endroit dédié à ce genre de production, complètement anonyme. Mike, le directeur de plateau me présente Manon, une actrice fauchée à la Maîtrise en théâtre, qui ne peut que travailler au noir à cause de son visa d’étudiant.  Elle a des airs de Véronica Hart avec son accoutrement vestimentaire digne de la Golden age of porn : robe légère relativement ajustée, foulard au cou avec des accessoires plus ou moins assortis.  Aujourd’hui les revues mode regorgent à nouveau de street stylin’ vestimentaire du genre.  Manon a tout pour plaire et passer pour la fille d’à côté.

-Ta première fois ça l’air ?

-Ouep. J’suis vierge.

-T’es pas l’premier qui m’la fait celle-là. C’est facile tu vas voir. On va commencer par se taper le film deux fois. Prends des notes, on traduit on the spot.  Y a pas de bande rythmo.

-Sérieux ? Ok.

On se met au travail sur le champs. Je sens qu’elle m’observe pendant qu’elle prends ses notes. Elle me montre tous les trucs de bruitage au cours du second visionnement. La porno me laisse généralement indifférent. Mais j’vous mets au défi de vous enfermer avec une femme, la regarder se sucer le pouce en guise de fellation et taper son poing dans sa paume pour simuler le coït : j’me surprend à succomber à l’excitation à force de l’entendre gémir. Elle a remarqué et se contente de sourire.

Le technicien surgit.

-J’dois sortir, une urgence. J’reviens dans deux heure, j’suis désolé.  Vous pouvez rester ici mais si vous sortez, faut verrouiller derrière vous.

-Pas d’problème, nous ferons un troisième visionnement pour aider notre recrue, ça coulera de source à l’enregistrement.

La porte se referme et elle me regarde un instant.

-Vas verrouiller la porte, on pourra travailler en paix.

-Euh…

-Tu dois être inspiré dans ton jeu. Ton timbre de voix est parfait, mais ce n’est pas suffisamment… incarné ? Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour t’aider à te laisser aller d’avantage ? Je sais, c’est toujours très excitant les premières fois et ça scie les jambes…

-Je sais pas… euh.

-Et ça, ça t’aiderait ?

Elle dévoile sa poitrine. Une jolie paire de seins assortis, qui semble se compléter plutôt que d’être identiques. Je ne sais si le grain de peau leurs confère une texture de soie ou de satin, mais la douceur de ceux-ci semble sans équivoque. Elle rit. Je pense que j’ai rougi.

-Pour t’aider à bien comprendre jusqu’où tu peux aller, on va faire un truc qu’on fait jamais : se toucher.

Défais ta braguette.

-O-kay…

-Relaxes, ça va bien s’passer.

L’instant d’après, elle a sa main plongé dans sa culotte vintage qui n’est pas du tout assorti au haut, dévoilé à peine l’instant d’avant.  Elle  se caresse les seins, suce ses doigts et tapote son bouton; tout ça en ne me quittant jamais des yeux et laissant aller de lancinants soupirs.

J’ai mon sexe bien gonflé dans ma main, le pompe gentillement en étudiant comment elle se touche.     « On commence », qu’elle me lance en se retournant vers l’écran et démarrant la projection. Me voilà donc à m’exécuter un va-et-viens, de l’écran à elle, d’elle à l’écran. « Concentres-toi et fixes l’écran, j’me sauverai pas, t’as pas à t’inquiéter » me dit-elle avant de laisser aller un mélange de gloussements et de ricanements. J’obtempère et regarde le film comme si je le voyais pour la première fois.

La scène débute alors qu’un chauffeur de taxi fait monter une jeune femme, qui affirme alors être en retard pour une réunion. Rapidement, le personnage féminin devient désemparé et craint d’être viré.  Le chauffeur à peine sorti de la ville, tombe en panne.  Heureusement, une station-service avec un petit motel se trouve sur leur chemin, juste au croisement d’une brettelle d’autoroute et la route sur laquelle ils roulaient.

Je regarde Manon et elle me regarde.  On se sourit.  Je durcis encore plus.  J’suis de plus en plus sonore moi-même.

-Oui, c’est cette voix-là qu’on veut entendre.  Ça c’est cochon comme il cherche.

-T’es belle en crisse.

-Continues de te branler encore un peu, viens pas.  Fais durer la chose…

J’prends mon pied en même temps que j’garde l’autre sur le frein.  J’suis allumé et recommence à doubler ad lib ce qui s’passe à l’écran.  Ma partenaire se donne vraiment à la tâche aussi.  Dommage que le technicien ne puisse pas enregistrer c’qui s’passe.

Arrive la finale où le gars vient partout sur les seins de la fille, j’me retourne et Manon est à genoux, bras sous les seins comme pour m’indiquer où déverser ma semence.  Ça pourrait être nous deux à l’écran.

-Vas-y, viens.

-P’tite garce…

-Mets-en partout…

Son autre main s’est activée frénétiquement et l’instant d’après, elle gémit elle aussi.

On sonde la porte.  Elle se faufile dans un coin à une vitesse folle et tente de se rhabiller.  Je fais la même chose, mais en fonçant vers la porte.  Elle a un fou rire alors que je viens de la souiller et se demande probablement comment on pourra s’en sortir.  Je retiens la poignée un instant avant d’ouvrir.

 *****

-Va falloir faire arranger la poignées : elle est défectueuse j’pense.

-…

-J’ai oublié mon porte-feuille.

-Y est où, j’vais aller te l’chercher ?

-Manon est sortie ?

-Ouais, acheter des cigarettes.

-Elle fume pas.

-C’est pour moi.  Elle avait besoin de prendre une marche pour s’activer un peu.

Il me regarde un instant mais ne s’en formalise pas. Il entre et sort de la régie avec son portefeuille.

-J’fais ça vite !

-Prends ton temps, ça va.

La porte se referme.  Manon ricane et j’avoue que moi aussi que j’la trouve drôle.

-Tu m’en as vraiment mis partout !?

-Dans une autre vie j’étais un chat.

-Ah oui ?

-Viens, approches.

J’me suis tapé un snack avec la poitrine de Manon, nettoyant au passage mon sympathique arrosage de grande classe, en lui léchant les seins comme un gros matou.  J’pense que ça l’a ben allumé me regarder faire, parce qu’on s’est embrassé longuement par la suite.  La session d’enregistrement a fini par être reporté et à ce jour, je n’ai encore jamais doublé de porno, ni revu Manon.

 

-Prud’homme

 

Prud'homme

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