Illustration de Cindy Beulah

Illustration de Cindy Beuhlah

 

Je fais les cent pas, pieds nus sur une pelouse mal tondue, en attendant ma date. Je sais bien que c’est juste pour le cul, mais Noah est un mirage. L’intimidant, un brin féminin, spécimen du cours d’anglais qui, un bon après-midi, me trouve bimbim you have new match tinder pas mal cute. Tout à fait mirage de son loft, de son job, de sa beauté ténébreuse. Une image trop parfaite pour être vraie et c’est bien ce qui m’effraie. Ce que je crois voir en lui pourrait s’envoler d’un mot mal choisi ou d’une lubie. Cliché de désir que je ne veux pas voir  devenir un petit tas de poussière quand je vais l’empoigner, le tenir au fond de ma gorge et l’aspirer. J’aime pas l’angoisse avant date, je suis plus à l’aise une fois la glace rompue, une fois tous mes vêtements retirés. Whatever! C’est juste tinder. Tout ce que je veux c’est me faire son image, fourrer son égo pour gonfler le mien. Je rêve de sa réputation à mes pieds, de ses supplications à mon corps.

J’embarque un pied après l’autre dans mes chaussures, dans sa voiture, dans l’ambiance de questions banales àréponses timides qui transitent trop vite dans une, puis deux bouteilles de vin, rendus au loft. Souper sushis-vino dans le fond des yeux, dans le fond de la bouche, on commence àse parler de beaucoup trop proche. La tension dans ma voix a migrévers le creux de mes reins. Le repas achevé, son appétit a changé. Il souhaite visionner un film. Je hoche la tête pour éviter un oui trop langoureux, trop humide de mon désir de l’enfourcher.

La timidité envolée dans une ivresse indécente, j’exauce ses mains sur moi au cours du visionnage. Le sang descend, primitif, du cerveau aux génitaux. On make out outrageusement sur le petit divan. Rien ne compte plus à ce moment que la satisfaction du moi animal. Je me lève, cachant l’écran, crachant mes vêtements. Sourdine du film pendant que je me déshabille, tortillant du cul, l’aguichant pour me faire déguster en slow motion. Celui qui a tout me veut moi. Je le fais attendre. Je le fais se languir de moi pour le déposséder du reste. Son image de monsieur parfait aspirée dans l’ombre de mes courbes. Je m’assois sur lui pour le mettre à l’aise, pantalon au sol, je le caresse de murmure. Les mots en prolongement de ma bouche, de ma langue et de mes lèvres. Je l’embrasse de mots salés, jusqu’à le faire bander sans même le toucher. Il m’attrape à son tour et m’amène au lit, me cloue sur le dos, il veut me chanter son excitation. Simultanément, sa langue se colle à mes envies et ses doigts font monter mes couinements de plaisir. Chevauchement de chaleur auquel je m’abandonne, craque, splash. Puis, son souffle remonte lentement, s’approchant du mien, toujours trépignant. J’arrive à me gouter sur ses lèvres. Je peux sentir son sexe sur ma cuisse, puis qui glisse nu, de sa longueur, de son ardeur ; soudain bien droit et dur pour me faire crier.

J’ai presque émis une protestation : on devrait mettre un condom, mais il est trop tard et mon mirage me confie qu’il n’aime pas en porter. Ma tignasse rousse un peu déstabilisée, il en profite et me prend de nouveau, ce qui me fait tout oublier. J’oublie quand il se perd en moi. Pas que je sois slaque, plutôt que sa royale queue d’élite me fait des ovations. C’en est chavirant. Direction cuisine. Un Tu es si légère, susurré derrière mon oreille me fait basculer sur les napperons. Un vrai marathon, navire de pulsions, on parcourt le loft. Il veut me baiser partout, dans chaque pièce, salir tout de nous, de notre tempête. Je joue des hanches sur la table à manger, son membre durcit encore. Plus il grossit, plus je saute dessus, plus mon self-estime grimpe. Sauter sur une queue de prétentieux, c’est lui voler son assurance. À en devenir le vampire des lits qui lui suce son  jus de snobisme, je continue.

En background, les derniers bruits du film s’achèvent au même instant que les jets de foutre que je reçois franchement partout. Le sang afflue de nouveau sous mes cheveux roux. Pétrifiéàe, collante et angoissée. Àquoi je pensais ? Je pense que je ne pensais pas. Et maintenant, mon mirage se tourne en poussière de cette phrase : j’aime pas ça porter un condom…

Aurore d’horreur autour d’un caféavec ma chum de fille. Moi, un mal de cœur  ambulant. Elle, un vomi de reproches. Y a de quoi que je comprends pas. Comment vous avez fait pour fourrer non protégés ? Je veux dire, vous étiez pas en train de regarder le film Dallas Buyers Club ?

-Plume Rousse

PLUME ROUSSE

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