Illustration de Marjolayne Desrosiers

Illustration de Marjolayne Desrosiers

 

 

J’connais ce gars-là. Face de lunettes fumées. Face de cheveux dans face, raides parfaits, pitch black, comme dans une annonce de shampoing pour motés. Il croise les bras et me montre ses muscles. Face de :  « Veux-tu que j’t’arrache la face? ». J’bouge pas. On s’check. J’connais ce gars-là…

 

À côté de lui sur le mur, y’a Kenny Rogers en full spread.

 

Chu où criss?

 

Une fenêtre balafrée de tissus à carreau laisse passer de la lumière dans chambre. Il y a des guenilles partout, des guitares qui pendent du plafond, des poster de show, une lava lamp, des bottes à cap, une table basse sertie de mégots et de make up, des brassières accrochées sur les poignés de porte… J’ai l’impression qu’Aerosmith au complet pourrait sortir du garde-robe pour s’péter un best of dans l’bordel de la pièce. Que Steven Tyler pourrait avaler le lit queen de sa grand yeule, pis que ça passerait buzz clip sur Musique Plus. Que si j’suis dans un clip d’Aerosmith, Alicia Silverstone est surement pas loin. Quelque part dans les toilettes en train d’brailler devant l’miroir, une lame de rasoir dans les mains. Pis que si est down c’est parce qu’à vient de tromper son chum avec un gars comme moi. Pis que son chum, qui a forcément une coupe longueuil lion, doit s’en venir icitte en conduisant sa Camaro super vite pour me péter en deux pis sauver sa blonde, Alicia Silverstone…

 

Faut que j’scram avant que la toune finisse.

 

Je shake. J’ai chaud… Je suis chaud, en fait. Chaud comme un muffler d’autobus. Encore blasté d’la veille. Il est quelle heure dans vie?  Y’est où mon linge? J’essaie de me redresser dans l’bed, mais ça tourne trop pis dans le mouvement brusque j’vomis dans ma bouche.  J’avale. Ça goute l’antigel.

 

« Chu où, moé, criss? »

 

« J’pensais que t’étais mort. »

 

Je lâche un wak, style golfeur qui en claque une dans l’public.

 

Alicia Silverstone?

 

« C’est plate pour toi. Ça t’aurait fait une bonne excuse pour t’être endormi sur la job hier. »

 

Dans le lit, à côté de moi, deux yeux gris à ras les couvertes. Des cheveux noirs aussi, beaucoup. Je n’ai donc pas mal baisé Alicia Silverstone, fiou… Liv Tyler d’abord?

 

Tu me fixes. On dirait que t’attends une réaction.

 

« Tu ressembles à Liv Tyler, pis ta chambre on dirait un set up de MTV ou je sais pas trop… C’est qui donc le gars sur le mur? »

 

Tu ne réponds pas. Je sens ton souffle chaud toucher mon ventre sous les couvertures. Ta respiration est constante, profonde. Tu attends clairement quelque chose de pertinent de ma part. Fait que je reconstitue à rebours dans ma tête, la suite des évènements de la veille.

 

J’tombe coma en écrasant ta face de tout mon poids.

Tu dis : Arrête pas mon criss…

J’ai peur de débander, fais que j’débande…

À peine commencé à baiser, que j’pompe l’huile…

À la renverse sur ton lit dans lumière d’la lava lamp…

Je trébuche sur un case de guit et m’écrase bite première sur le linoléum de ta chambre….

Assise sur le poêle, je tire sur tes skinny léopard…

Tu me traines par la queue dans ton appart…

Je marche les pantalons aux chevilles dans les couloirs de ton building…

Dans la lumière verte de néon de l’ascenseur, j’te sors une boule…

Bâtisse en béton et grande marquise extérieure en lambeau…

Necker dans un taxi qui sent l’pot…

Je bois des shots avec toi au bar…

Tes petits doigts vont et viennent sur le manche d’une grosse bass…

J’ai un micro dans les mains…

Dans une van avec des gars qui puent…

J’ai un show à soir.

 

Ok…Je sais t’es qui maintenant.

 

« Jen! »

 

« Salut… »

 

« Saleeuuuu! »

 

« … »

 

« Hey, ouf! Entk… »

 

« Ton linge est dans l’salon. Pis l’prochain bus part d’la gare dans une demi-heure. »

 

« Fuck euh… Ok. Euh… »

 

« Le taxi c’est l’best, sinon tu vas arriver en retard. Le téléphone est dans l’salon, check. »

 

Tu te lèves flambette et  je suis ce corps qui ondule dans les décombres de ton appartement. Je saute les cases de guit qui sont dans l’embrasure de ta porte de chambre et j’atterris dans la cuisine en faisant une révérence. Tu t’allumes une clope sur un rond, pis souffles ta smoke sur mon arabesque.

 

Tout nu, devant le miroir du salon.

« On a d’l’air d’Adam et Ève. »

 

« Moins les piercings… »

 

« Adam et Ève qui reviennent de veiller à Canna. »

 

« Moins les tatous… »

 

« On revient d’manger la pomme en faite. »

 

« Ouin, parce que Canna ça devait pas exister dans s’temps là. »

 

« On a mangé l’pommier au complète, pis on s’est faite des esti de belles bottes avec le serpent! »

 

J’pense que tu ris. Ta bouche bouge par en haut en tout cas. Tu remarques mon soulagement et fais mine de me brûler avec ta cigarette. T’es quel genre de bête au juste?

 

Je fais un pas en arrière, mais tu m’empêches de m’éloigner davantage. Tu me tires par la queue, comme la veille. Tu t’approches de mon oreille.

 

« On a pas mis d’capote hier. »

 

Je capote un peu.

 

« T’es tu sur? »

 

« J’pense. Entk, moi j’en avais pas icitte. »

 

Moi non plus.

 

« Caliss… »

 

« S’pas grave, chu dus pour me faire checker. »

 

Caliss!

 

« … »

 

Ton sourire crasse bien en évidence dans mon silence. Je sais pas ce qui se passe, si tu me niaises, ce que tu veux. Je ne sais définitivement pas comment te prendre… Mais toi, oui.

 

Debout, tu glisses ma queue entre tes cuisses et sert très fort. C’est tellement mouillé pis chaud. J’veux dire, de mémoire, c’est la chatte la plus mouillée qu’y m’est été donné de toucher sans lui avoir préalablement touché. Reculer m’apparait comme une impolitesse, alors que mon système immunitaire interroge ma morale et mon échelle de priorité.

 

Tu serrerais la main d’Barrack Obama s’il te la tendait, right? Même s’il venait juste d’atchoumer dedans, right? Right!?

 

Tu vas et viens sur ma queue et je sens les lèvres de ta chatte épouser parfaitement le contour de mon sexe. Tu me donnes des coups de nez sous l’menton, me mords la mâchoire. Tu m’cherches? Nos doigts sont entrelacés comme à « crunchie » et j’ai l’impression que tu pourrais me verser anytime. T’es pas grande, t’es pas grosse, mais t’as ce qui faut de torque dans les yeux pour me garder en respect. Ma queue trouve son chemin en toi d’instinct on dirait, mais tu te recules aussitôt en me souriant. Qu’est ce que tu veux? Tu répètes le mouvement de pénétration du boutte plusieurs fois. Tu fais même des « Tsik! Tsik! Tsik! » avec ta langue dès que j’m’engage. Esti que tu m’cherches!

 

Pis c’est à ce moment-là que tu pognes ton cell sur la table du salon. Tu continues de te frotter, tu me regarde avec tes yeux de « Check ben ça ti-gars! ». T’as le nez qui retrousse, haïssable chauve-souris. Es-tu humaine anyway?

 

« Ouin un taxi pour le 900 rue… »

 

Ma tabarnak!

 

J’m’enligne sur ton trou et avant que tu puisses faire quoi que ce soit, j’te lève de terre et m’enfonce en toi d’un coup. Tu cries distinctement dans le téléphone et répètes au dispatcher ta dernière phrase.

 

« Dans  ciiiinnnnnnq!? Ah! Aaah!… Dans cinq minutes! Oh! Cinq ok! Ok! Merci, MERCI!

 

Là c’est moi qui retrousse le nez. Man on goth action baby, j’prends pu de chance avec toi. Je te garde sur le pieu un boute, tirant sur tes épaules tendues. Tu gigotes, me mord dans la clavicule et je te cloue au mur. Tu gémis alors de ta voix qui casse et j’ai tout d’un coup l’impression que je te fais mal. Je relâche la pression sur toi.

 

« …Ça va? »

 

Tes yeux balles d’argent remontent vers mon visage coupable.

 

« T’as pas compris? T’as 5 minutes. »

 

Les cuisses en serre sur ma taille, tu pèses de tout ton poids sur moi.

 

« Arrête pas mon criss! »

 

J’ai l’impression de tilter drette là. La seconde d’ensuite, je m’sers de toi comme d’un bélier à gyproc et je sens clairement le mur du salon s’affaisser contre ton cul. Tes yeux s’écarquillent de plaisir et je commence à comprendre le genre de fille. T’aimes faire peur. T’aimes avoir peur. T’aimes quand les choses, les gens et leurs faces, brises, pètes, éclates. Tu aimes détruire. C’est ce qui te fait grimper dans les rideaux, mouiller l’terrazzo et ultimement, sourire.

 

Tu te réjouis quand j’me rentre la pointe d’une épingle à ressort dans le pied en te déplaçant sur le comptoir de la cuisine. Tu t’amuses des bouteilles de fort qui chahute au-dessus de nos têtes, menaçant de tomber sous la cadence de nos secousses. Tes yeux révulses extatiques quand le taxi se met à klaxonner mon retard en bas de ton bloc. Tu es fucking evil…Et quand j’me retire pour venir dans ta vaisselle sale, une main toujours en grippe sur ton cou, je réalise que je suis comme toi.

 

Dans le taxi en direction de la gare, le chauffeur arrête pas de parler.

 

« Moé, j’ai eu un bar de danseuse, « Le Princesse », pendant dix ans. M’a te dire que s’t’un moyen train de vie de rockeur ça en tabarnak. D’la boisson, d’la poudre, pas dormir, manger des plottes, name it osti. Ça maganne en criss. »

 

« Ouais… »

 

Je peux pas m’empêcher de le regarder, parce qu’il ressemble comme deux goutes d’eau au gars du poster que je replace pas. Dans le rétroviseur, j’pogne un clin d’œil de la banquette arrière : De la bouffe à chat, des jouets pour les chats, un gallon de litière… Osti!

 

« Comme t’arrivais pas, j’passer à l’épicerie de l’autre bord. »

 

« T’as beaucoup de chats? »

 

« Moé, j’adore les chats. J’m’occupe d’eux autres, pis ça me tient tranquille. »

 

« Comme Danzig. »

 

« Qui ça? »

 

« Le chanteur, Danzig. Glenn Danzig. Y’a une photo de lui sur Internet où y charrie des poches de litières dans un parking, pis tu y ressemble. Pis… C’est ça.  »

 

« Connais pas. »

 

Fait beau par la vitre. J’ai de la misère à me reconnaitre dans son reflet. Comme l’impression d’émerger d’la twilight zone…

 

« Pas grave. Oublie ça. »

-Guedoune

Guedoune

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