une illustration de Karina Dupuis

Illustration de Karina Dupuis

 

 

 Faut que personne ne le sache.

 

Faut que personne ne le sache qu’on baise ensemble.

 

On prend un malin plaisir à jouer ce petit jeu parce que c’est excitant, c’est euphorisant. Mais aussi parce qu’on s’est promis de ne pas devenir une énième aventure avouée aux yeux du public. Ça nous regarde, personne d’autre. Et il ne faut surtout pas s’impliquer. Enfin, pas maintenant.

 

Ce soir, à chaque fois que je sens ton regard se poser sur moi, d’un coup je me sens toute nue, vulnérable. J’ai l’impression que tu es dans mon dos tout le temps. Je sens ta respiration me caresser la colonne vertébrale, ta barbe de quelques jours se poser dans mon cou, m’érafler la peau, juste un peu. J’ai de la difficulté à me concentrer sur mes discussions, je fais simplement hocher la tête tout le temps. Qu’on parle d’histoires drôles ou déprimantes, j’acquiesce que je m’en fous. Heureusement, personne ne s’en rend compte parce qu’on est tous un peu pompettes.

 

Je me retrouve sur le balcon avec une amie pour fumer une clope. Tu es là avec tes amis. Tu me regardes entrer fixement et j’ai l’impression que j’avance au ralenti, les cheveux dans le vent. J’ai l’impression que quand je vais me coincer à tes côtés sur le balcon gros comme ma main, les autres vont se figer pis on va se frencher au ralenti, aussi.

 

Mon amie me tend une clope. Je la dépose sur mes lèvres et me retourne vers toi. Tu me tends ton lighter et t’approches pour m’allumer. Mon amie beaucoup trop pompette nous présente pour la millième fois et me fait un de ses clins d’œil peu subtile se traduisant par « c’ton genre, pogne-toi-le dont ! » Je lui souris pour lui montrer que j’ai saisi son geste mais surtout pour qu’elle n’aille pas plus loin.

 

Faut que personne ne le sache.

 

En me retournant pour feindre d’écouter la conversation, tu me pognes une fesse discrètement et tu me susurres à l’oreille un « J’te mangerais l’cul drette là. » Tu te retournes à ton tour pour rire de la blague que j’ai manquée, trop concentrée à t’imaginer tripoter et mordiller mes fesses.

 

Malgré notre proximité sur le balcon, j’ai froid pis tu le sens parce que tu te colles un peu plus. Ta main se balade encore sur mes fesses et finit par trouver le dessous de ma jupe, ma chair à nu. Comme tes mains baladeuses commencent à m’exciter, je finis par m’extirper de là en m’assurant que sous mon manteau dézippé, tu vois bien que je suis sur les hautes à travers ma camisole.

 

À l’intérieur, je bois un grand verre d’eau pour me réveiller. Mais je me dis qu’on donne beaucoup trop de crédit aux bienfaits de l’eau parce qu’il se passe rien dans mon corps à l’instant. Je suis toujours aussi émoustillée.

 

Je te vois entrer dans l’appartement, tu me jettes un regard puis disparais dans le corridor. Je bouge pas pendant un court instant puis je me décide. Je me retrouve dans le corridor et je te vois entrer dans les toilettes. La porte n’est pas complètement fermée. Tu es là. Tu m’attends, on dirait. Je jette un dernier regard dans le corridor et entre.

 

Faut que personne ne le sache.

 

On se mate. On respire le même air, pis ça nous excite. Tu me prends par les fesses et me colle contre toi. Je sens ton sexe contre le mien. Je commence à mouiller comme un appel à l’acte. Je passe ma main dans tes cheveux pis je les tire. On s’embrasse, on prend feu. On est incapable de s’arrêter, de prendre une pause. Je suis plus capable de respirer pis ta barbe me brûle la peau. Ton sexe gonflé me fatigue, tes vêtements me fatiguent. Je me sépare brusquement de toi, baisse ton pantalon et prends ta queue dans ma bouche. Tu gouttes bon et ça me fait chier. Je réalise à l’instant comme une taloche derrière la tête qui t’enfonce un peu plus en moi que je ne pourrai pas me passer de toi facilement.

 

On cogne à la porte. Je réponds la bouche pleine. J’écoute. Plus rien.

 

Faut que personne ne le sache.

 

Je prends un malin plaisir à te faire languir. Je te lèche puis je te prends à nouveau dans ma bouche. Ta main se pose sur ma tête, t’en peux plus. Tu me forces à te garder dans ma bouche.

 

On cogne à nouveau mais cette fois avec insistance. C’est toi qui réponds. Je m’inquiète. Tout d’un coup que c’est la même personne que plus tôt et qu’elle a reconnu nos voix. La personne de l’autre côté nous supplie d’une voix étouffée. « J’vais être malade » qu’elle dit. Je lève la tête vers toi, j’attends un signe. Tu te recules, lèves ton pantalon et me dis à voix basse, le souffle court: « on s’retrouve dehors dans 15 minutes ». Puis tu ouvres la porte et laisses entrer le malade qui se morfondait de l’autre côté. Il se précipite sur le bol et vomit avant même que je sois sortie. Dans l’état dans lequel il se trouve, je serai étonnée qu’il se souvienne de quoi que ce soit. Ce qui me déstresse un peu.

 

Je traîne dans le corridor un moment avant de me faire voir par qui que ce soit. Je me dirige discrètement dans la cuisine et me verse un autre verre d’eau. Je te vois jaser avec tes amis. Tu cales une bière.

 

Mon amie me saute au cou. « T’étais où ? » qu’elle me demande. Je lui réponds que je ne me sentais pas trop bien et je lui montre mon verre d’eau qui cette fois me sert vraiment à quelque chose. Elle me scrute longuement dans la pénombre de la cuisine. Je me demande si j’ai la peau irritée autour de ma bouche. Je maudis ta barbe un instant. Puis je sens un pincement au cœur. Je réalise que je ne peux pas partager notre histoire avec personne. Pis c’est poche. Elle me sort de ma tête en me tirant par le bras pour aller danser.

 

Faut que personne ne le sache. Enfin je crois.

 

Dans le salon, je lui dis que je devrais plutôt aller me coucher et je me dégage tendrement de son emprise en lui donnant un baiser sur le front. Je ramasse mes effets personnels presto sans dire au revoir à personne.

 

À l’extérieur, je regarde partout mais j’ne te vois pas. Je me dirige vers ma van et je t’aperçois enfin, accoté sur le pare-choc arrière. Tu m’attendais, encore une fois. On s’embrasse sur place. Il devient évident qu’on ne peut plus attendre bien longtemps avant de se retrouver nus l’un contre l’autre. Je sors mes clés de mes poches et débarre la porte du coffre. Je grimpe à l’intérieur et tasse les quelques boîtes d’accessoires et de costumes qui s’y trouvent pour nous faire une petite place. Tu m’aides un peu mais tu t’amuses surtout à inspecter le contenu des boîtes. Tu trouves un foulard boa dont tu t’affubles. Je ris de ton allure avec ce truc démodé au cou et je sens à cet instant que mon rire te perce le cœur, qu’il passe comme une balle de plomb de bord en bord. Ton corps ne saigne pas, il fume. L’envie nous reprend instantanément. Tu t’approches de moi et m’enlèves mes vêtements. Je me retrouve les fesses nues sur le sol froid de ma van, entourée d’accessoires hétéroclites. Ce n’est pas très confortable, mais je m’en fous. Tu t’en fous. Tu déposes ta langue sur mes seins, mes cuisses, que tu mordilles aussi. Puis t’enfouis ta tête entre mes jambes. J’aime comme tu me goutes, comme tes longs doigts entre en moi. Tu es avide de moi et ce sentiment me dévore de l’intérieur. Tu me donnes un répit et t’approches de moi pour m’embrasser. Je me goûte à travers toi et ça m’excite. Je pose ma main sur ton sexe maintenant dur et t’intime de me pénétrer. Tu baisses ton pantalon et sors un condom de tes poches. Tu étais prêt. Telle une douce et succulente délivrance, tu glisses en moi. Mais j’ai mal au cul. J’ai mal aux cuisses. Ma peau s’écorche légèrement sur les cartons qui nous entourent. Et nos mouvements de va-et-vient ne font qu’accentuer les sensations de brûlure. Mais c’est trop bon, je ne veux pas que ça s’arrête. Je prends ton cul et m’assure que tu ne te retires pas. Ça me ferait mal, trop mal. Tu trouves quand même le moyen de te retirer mais pour me tourner d’un mouvement habile sur le ventre. Tu me pénètres de derrière et agrippes mes seins dans tes mains. Je me sens prise en charge, l’abandon est total. Je sens que je vais jouir mais je ne veux pas, pas maintenant. Le foulard boa que tu as encore autour du cou me frôle le bas du dos. Ces petites plumes me chatouillent et je ne peux plus me retenir. Tu le sens et me mets une main sur la bouche pour éviter qu’on m’entende. Un réflexe bien trop ancré dans nos habitudes. Je jouis et mon cri étouffé te donne la dose dont tu avais besoin pour jouir à ton tour. Nos corps se ramollissent tout doucement mais reste près, cruellement près.

– Vanity Dietrich

Vanity Dietrich

1 Comment

  1. Vanessa
    October 2, 2014

    Wow vraiment bonne nouvelle…. Je m’en pouvait plus de lire la suite…on veut toute un ami comme ça….. Hihi

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