Une illustration de Juliette Gagnon Lachapelle

Une illustration de Juliette Gagnon Lachapelle

 

Le souvenir l’accompagnait depuis plus de quinze ans. Il s’en servait sporadiquement, sous la douche ou lors de soirées tranquilles. Il y avait quelque chose de beau dans ce moment de sa jeunesse, une naïveté de centre d’achat de région, une nostalgie sexuelle du temps où l’acte n’était que théorie, encore loin d’être appliquée. Mais il y avait surtout la croupe de cette coiffeuse, se pressant lourdement contre le revers de sa main.

 

Il avait neuf ans, peut-être dix. C’était une de ces fins de semaines où il visitait son père, dans la ville voisine. Même si il vivait la plupart du temps avec sa mère, c’était étrangement toujours lors de ces visites qu’il allait se faire couper les cheveux, toujours au même endroit, dans un petit local d’un centre d’achat peu fréquenté. C’était probablement l’un des arrangements du divorce prononcé quelques années auparavant. L’histoire était toujours la même : son père passait sur la chaise avant lui tandis qu’il feuilletait des Reader’s digest en attendant son tour. Puis, son père lui cédait sa place et partait régler quelques commissions.

 

Les coiffeuses venaient et passaient dans ce salon, certaines jeunes, d’autres moins, les cheveux toujours colorés mais, au final, rarement belles. Les filles l’attiraient depuis plusieurs années maintenant, mais ces coiffeuses n’avaient jamais suscité le moindre fantasme chez lui. Trop vieilles ou trop vulgaires, peut-être. Pas même la propriétaire, de loin la plus désirable du lot, avec sa taille menue et son sourire parfois tendancieux. Il préférait d’ailleurs de beaucoup les folâtreries avec les voisines de chalet, sur un vieux tronc ou dans l’intimité moite d’un dessous de quai flottant. Les odeurs de gel et de shampoing l’agaçaient particulièrement, tout comme ces conversations mettant toujours en vedette des Ginette et des Francine dont il se foutait éperdument.

 

Ce jour-là, le salon était vide; un fond de radio se mêlait au grondement de la climatisation tandis que son père se faisait tailler la barbe. Il s’était rapidement désintéressé des magazines et observait les mouvements vifs de la coiffeuse qui la lame d’une main experte. Son père lui souriait dans la glace, signe de sa bonne humeur : ils iraient manger une crème molle après la coupe, chose qu’il faisait lorsque le père était d’humeur joyeuse. La coiffeuse termina et il prit place dans le siège que la coiffeuse ajusta de quelques coups de pédales bien sentis. Son père sorti du salon et il ne resta que la coiffeuse et lui. Dès le départ du père, il s’était senti fébrile, décodant d’instinct que l’étrange odeur qui planait était directement reliée à son sexe qui bandait sous la cape de coiffure.

 

La coiffeuse, propriétaire du salon à trois chaises, proposait toujours des cafés à ses clients; son père acceptait chaque fois, lui laissant cette haleine caractéristique dont il se rappelait toujours précisément, tant d’années plus tard. Ce jour-là, elle lui en offrit un en souriant et, pris de court, il accepta. Il avait déjà gouté du café avant mais l’idée d’être traité comme un client régulier le rendait encore plus excité que le breuvage : il bu donc le café chaud en quelques gorgées, observant dans le miroir les formes généreuses de sa coiffeuse. Ce jour-là, il la trouvait étrangement attirante, excitante même. Peut-être était-ce cette queue de cheval qui dévoilait sa nuque, ou était-ce sa nouvelle couleur blonde, unie, loin des strates de couleurs criantes habituellement arborées par les coiffeuses. Peu importe : elle le faisait bander et sa queue lui faisait mal, toujours habilement cachée sous la cape, maintenue plus haut qu’à l’habitude par un jeu de jambe discret. Il espérait fort qu’elle ne s’aperçoive de rien mais en même temps, qui sait ce qui pourrait se passer si elle voyait cette érection qui le rendait fier. Une vraie bite bandée d’homme.

 

La coiffeuse lui parlait, posait des questions, s’intéressait à lui. La tendresse du geste semblait plus personnelle qu’à l’habitude, plus lente. En partie grâce au café, l’excitation se changeât en fébrilité et son intérieur se mit à vibrer. Tétanisé sur la chaise, il s’agrippa aux accoudoirs, souriant du dehors mais bouillant du dedans. Puis, sur le revers de sa main gauche, une pression. La coiffeuse s’attardait à son tour d’oreille tandis que sa croupe s’appuyait sur sa main. Peut-être ne s’en rendait-elle pas compte? Mais la croupe insistait, c’était intentionnel, aucun doute. Il prit bien soin de ne plus bouger du tout, raidi de tout son long. Il aurait pu jurer que la coiffeuse s’était attardée deux longues minutes, au minimum, sur son tour d’oreille gauche. Puis, la pression se relâcha et la coiffeuse passa à l’oreille droite, sans pression cette fois. Elle termina la coupe, son père revint, et ils s’en retournèrent, avec chacun leur haleine de café.

 

Ce souvenir l’avait hanté longtemps et avait guidé ses premiers ébats amoureux. Il avait, pendant les premières années de sa vie sexuelle active, tenté de retrouver ce sentiment de danger et d’excitation, évidemment sans succès. À chaque nouvelle coupe de cheveux, il agrippait le siège en espérant une pression, peu importe la coiffeuse. Mais sa main resta chaque fois vierge de cette proximité à rebours. Et le fantasme diminua lentement dans sa vie d’adulte.

 

* * *

 

Quinze ans plus tard, il se tenait dans l’embrasure de la porte du salon. Il avait attendu que le dernier client parte et, observant la coiffeuse qui ramassait les cheveux au sol, il se sentait bien, solide; il se sentait prêt. La nostalgie lui caressait l’intérieur, chaleureuse, plus près de l’innocence d’une époque révolue que sexuelle. À première vue, elle n’avait pas changé. Elle avait les chairs du visage plus tombantes, évidemment, et quelques livres en plus, bien sur. Mais essentiellement, elle n’était pas loin de la coiffeuse du fantasme. Il entra et prit rapidement place dans la chaise, ressassant le plan qu’il avait décidé de mettre à exécution le mois précédant, quelques semaines après que sa copine l’eut quitté.

 

L’idée était facilement exécutable : sourire, flirter, séduire et la ramener dans la chambre louée de l’hôtel adjacent au petit centre d’achat. Il s’était transformé en bel homme, grand et bien bâti, donc séduire une coiffeuse sur le déclin ne pouvait s’avérer bien difficile. Visiblement en contrôle et souriant, il donna quelques indications pour la coupe. Puis, la coiffeuse lui demanda de se baisser un peu dans la chaise, pour l’aider dans son travail. Le ton autoritaire qu’elle prit le troubla. Il se raidit d’instinct dans sa chaise, descendant lentement les fesses sur le simili cuir usé de la chaise. Il observa la coiffeuse dans le miroir, incertain de l’angle à prendre pour la coucher. Elle posa quelques questions générales, pour meubler la conversation, mais il pouvait deviner sa fatigue dans les longues poses qu’elle prenait entre chacune de ces questions. De plus près, c’était flagrant : elle avait vieilli. La réalité avait rattrapé le fantasme et, même si il se tenait à l’endroit précis où le revers de sa main l’avait ouvert à un monde nouveau, l’émoi n’y était pas et l’érection tardait à se matérialiser. Avec la volonté de récréer le contexte, il lui demanda un café. Surprise, elle lui répondit qu’elle n’avait plus de machine depuis des années et que, pour savoir ça, il était surement déjà venu dans son salon. Il répondit par l’affirmative, sèchement, sans rien ajouter. Un brin refroidie de la succincte réponse de son client, elle continua la coupe dans un silence étrange, accompagné du dernier succès radio en sourdine. C’était maintenant évident, il ne se passerait rien. De toute manière, il n’en avait plus envie. L’endroit commençait de toute façon à lui rappeler son père, décédé deux ans plus tôt; il se promit un bon café en son honneur dès qu’il sortirait du salon.

 

Puis, sur le revers de la main, une pression. Tandis que la coiffeuse s’attardait innocemment au tour d’oreille, lui se raidit. Les coups de ciseaux au ralenti, la pression insistait. Dans les centaines de revisites qu’il avait pu faire de l’évènement, il avait fini par établir une suite d’évènements parfaite : pression sur sa main, pression en retour sur le sexe de la coiffeuse, regards croisés, dévoilement de l’érection, fellation, coït, fierté. Il allait finalement mettre cette séquence en application. Puis, comme un rappel de ses premières expériences sexuelles, il ressentit comme une immense vague toutes les manifestations physiques de l’émoi. Sa gorge se noua d’abord et sa salive disparu, rendant chaque déglutition presque sonore. Il perdit le contrôle de sa respiration et son cœur s’égara dans une foulée de nouveaux battements. La possibilité qu’elle pu faire ce manège avec tout ses clients lui traversât l’esprit mais il décidât que l’important soit que ce soit sa main à lui qui soit sous le sexe de la coiffeuse, dans ce lieu précis à ce moment précis.

 

Lentement, il durcit sa main, la bombant légèrement, subtilement : les yeux rivés sur le miroir, il attendait une réaction. La coiffeuse ne bougeât pas et donna un autre coup de ciseaux. La pression se fit plus lourde. Sur sa main, il pouvait sentir les lèvres du sexe de la coiffeuse qui palpitait presque, il distinguait sans difficulté les formes de sa chatte et voyait chaque nouvelle seconde faire monter la température de l’organe, même au travers du denim usé de ses jeans. Frondeur, il écarta l’index et le majeur et les recolla : il répétât le manège à quelques reprises et elle ne pu empêcher la profonde inspiration qui retentit presque comme un cri dans le salon désert. La coiffeuse tremblait sur ses deux jambes, les bras le long du corps; la cape qui reposait sur ses genoux ne pouvait camoufler l’érection qui pointait maintenant vers le visage de la coiffeuse. Dans un moment de panique, il s’assura que le salon était bel et bien désert et se remonta sur le siège, prenant bien soin de laisser sa main au même endroit où régnait maintenant une moiteur évidente, l’humidité ayant percé le denim et la cape et qui glissait entre ses doigts. En quelques secondes, elle l’entraînait dans le débarras de l’endroit, sans se soucier de laisser le salon sans surveillance. Même si le déroulement commençait à dévier de son plan, il décidât de se laisser faire, comme il l’aurait fait quinze ans plus tôt.

 

Adossé contre le mur, il la regarda enlever sa blouse rapidement. Pas de suspense, elle ôta en un geste son soutien-gorge, dévoilant une poitrine petite et ronde, étonnamment ferme pour l’âge de la coiffeuse. Elle passa rapidement ses mains sur ses propres seins, roulant ses mamelons, les faisant durcir instantanément. Les tétons étaient plus roses qu’il ne l’aurait cru et ce détail l’excitait incroyablement. Des mamelons roses et durs. Elle se mit à genoux devant lui, une main sur un mamelon, l’autre baissant la fermeture éclair de son pantalon. Les caleçons descendus sans ambages jusqu’au genoux, sa queue pointait royalement à quelques centimètres de la bouche de la coiffeuse et de son rouge à lèvres cardinal qui jurait avec le rose du mamelon roulant toujours entre ses doigts. Pour la première fois depuis son entrée dans le salon, elle lui sourit, un sourire d’approbation de la verge. Il approchât son bassin de la bouche mais celle-ci l’évita rapidement et saisit son scrotum de sa main libre. Elle tira sans ménagement la peau vers le bas, déclenchant un mélange de douleur et de plaisir qui provoqua un durcissement supplémentaire du sexe. Il ne se rappelait pas la dernière fois qu’il avait vu sa queue si dure et son gland si foncé, engorgé au paroxysme de sa capacité. Elle lécha et suça le scrotum sans retenu, lâchant entre deux claquements de langue des soupirs de plaisir.

 

Alors que ses deux testicules de pressaient ensemble dans la bouche de la coiffeuse, il s’attarda à observer son visage. Ses pattes d’oie étaient creuses et à cette distance, il percevait facilement la démarcation entre le maquillage et le grain de sa peau au naturel. Le mascara était bon marché et s’agglutinait en petites boules aux coins des yeux. Il remarqua également le gris sur la subtile repousse qui s’écartait sous ses yeux. C’était le genre de détail qu’il avait toujours ignoré dans les vidéos pornos mettant en vedette des femmes mûres, focussant plutôt sur l’appétit sexuel sans fin des protagonistes. Étrangement, ici, ces signes de vie l’excitaient énormément. C’était peut-être la somme de l’expérience ou cette sensation de baiser toutes les professeures, les gérantes de banques, les patronnes et amies de sa mère, toutes celles qui l’avaient excité depuis qu’il était en âge de se masturber. Et d’être ici, avec la pionnière de ces fantasmes, lui donnât l’impression d’un renouveau, du début d’un nouveau cycle, d’avoir la possibilité d’effacer les erreurs du passé et de recommencer ici, dans le salon, en baisant la coiffeuse. LA coiffeuse. Encore belle malgré toutes ces années. C’est à ce moment qu’il fut prit d’une irrésistible envie d’éjaculer sur le visage de la coiffeuse. Il n’était pas habituellement un aficionados de cette pratique mais l’envie était pressante : il voulait remplir chaque fossette et chaque fossé de ce visage, il voulait reconquérir sa jeunesse, il voulait jouir comme un enfant, où ça lui plairait.

 

Une douleur le ramena dans le moment présent. La coiffeuse, insatisfaite de son air distrait, venait de lui gifler la queue et tirait plus fort sur le scrotum; elle le fixait durement des yeux, le grondant, presque. Il s’excusa en retrouvant toute la vigueur de son érection; elle le remercia en engouffrant sa queue jusqu’au fond de sa gorge. Elle le suçait avec une passion peu commune, la quantité de salive était parfaite, même que la vue des quelques gouttes qui dégoulinaient aux commissures des lèvres lui donnait un avant-goût de ce qui pourrait se passer si elle le suçait jusqu’à ce qu’il vienne dans sa bouche, éventualité qui pouvait se matérialiser plus rapidement que prévu si il ne réussissait pas à contrôler son excitation. Pas une seule fois il ne sentit de dents ou de tiraillement. Une parfaite fellation. Il se trouva une confiance et prit le contrôle en lui saisissant durement la nuque, lui baisant presque la bouche. Elle se défit de son emprise après seulement quelques coups et se remit brusquement sur ses jambes, lui faisant comprendre d’un regard que, si il était dans ce débarras, c’était uniquement selon son bon vouloir à elle et que la suite des choses dépendrait de son obéissance.

 

Le regard froid, elle le fit asseoir dans un coin et lui indiqua de rester immobile. Elle se plaça bien en vue devant lui et retira son pantalon, lui laissant apercevoir sur ses petites culottes grises un cercle foncé, preuve qu’elle aussi se plaisait bien. La petite culotte tomba rapidement au sol et elle écarta les jambes, lui exhibant un sexe poilu mais bien entretenu où, malgré la distance entre eux, il pouvait voir l’humidité logée dans les poils qui entourait son sexe. Elle prit bien soin, les yeux bien vissés aux siens, de lui montrer son sexe sous tous ses angles, écartant ses lèvres, tirant sur la peau. Elle se caressa le clitoris, d’abord lentement de manière saccadée. Elle lui intima de saisir son propre scrotum et de le tirer vers le bas tout en se masturbant, chose qu’il fit sur le champ, trop content de pouvoir participer, même à l’écart, à ce qui s’était transformé en spectacle érotique privé. Elle lui défendit de la quitter du regard tout en saisissant une des bouteilles de shampoing placées sur l’étagère. Elle utilisa d’abord la bouteille pour donner de légers coups sur son clitoris, puis le frotter; des petits cris s’échappèrent de la bouche de la coiffeuse, dont les yeux mi-clos roulaient dans leurs orbites tandis que lui, spectateur, ne pouvait que se masturber plus violemment pour suivre le rythme. Elle arrêta son manège quelques secondes et l’observa se masturber férocement. Lui aussi se mit à échapper des gémissements, au grand plaisir de la coiffeuse qui ramena la bouteille de shampoing à son sexe. Avec une facilité déconcertante, très probablement à cause de la moiteur extrême de son sexe, elle fit entrer la bouteille dans sa chatte. Elle lui ordonna ensuite de s’agenouiller devant elle : il approcha rapidement, queue en main, et s’exécuta. Sans le lâcher des yeux, elle se mit à se pénétrer de la bouteille à un rythme de plus en plus rapide, accompagnant le mouvement de gémissements aigues de moins en moins espacés. Il se masturbait en tentant de suivre le rythme, anticipant avec grand plaisir le moment où son sexe remplacerait la bouteille, les yeux rivés aux lèvres d’une rougeur inédite pour lui. Et, sans qu’il n’y ait rien vu venir, elle se mit à lui éjaculer dessus. Son front, ses yeux, sa bouche, chaque partie de son visage fut inondée du liquide chaud, et il ne pu que se masturber plus rapidement encore, se déchirant presque le frein au passage. Elle cria fort, longtemps, gémissant de manière presque caricaturale, puis elle cessa d’éjaculer. Et cessa de gémir aussi, le laissant dans le bruit ridicule de sa seule masturbation. Elle se leva et s’essuya à l’aide d’une serviette blanche, le laissant agenouillé et interdit, se questionnant visiblement sur la suite des choses. Elle se rhabillât en lui expliquant qu’il pouvait jouir si il le voulait, qu’elle l’attendrait de l’autre côté. Il fut trop gêné pour continuer et se rhabillât lui aussi.

 

Lorsqu’il revint dans le salon, elle l’attendait avec la cape. Sans rien dire, il se rassit et laissât la coiffeuse terminer la coupe. Une fois la cape enlevée, la coiffeuse le fit payer et le salua. Il sortit du salon, incertain de la valeur positive ou négative de ce qui venait de se passer. Il marchât jusqu’à la chambre d’hôtel et se couchât sur le lit. Il essaya de se masturber, s’appuyant sur ce qui venait de se passer mais il ne réussit pas à atteindre l’intensité de l’érection du salon. Alors, il abandonna et ouvrit la télé, à la recherche de quelque chose à écouter.

-Enrique d’Amour

PDG BOOB

 

 

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