Illustration Mathieu Potvin

Illustration Mathieu Potvin

Je sortais de la douche, j’ai traversé l’appart, mal enrubannée d’une petite serviette de bain, encore ruisselante, recouverte  de ces  gouttelettes d’eau éparpillées sur toute la peau. Tu sais, elles scintillent et se déplacent toutes en même temps à mesure de tes mouvements. Elles s’éteignent lentement avant de s’évaporer et là, c’est comme le meilleur moment pour une partie de sexe. Moi, la peau fraîche et humide de ces glitters là, ça me turn on. J’ai comme une draft de moi-même et ça ne me fait pas rien. Ha ouin ?

Je jette ma serviette sur le lit puis enduis mes mains de crème et me l’applique de la cheville vers le haut des cuisses, ma tête vis-à-vis de mon entrecuisse, je crois que je ne l’ai jamais vu de si proche. Je me surprends moi-même de ce point de vue inédit. Je me sens comme un petit garçon qui entre entre-aperçoit des bouts de corps féminins nus à travers l’entrebâillement de la porte du vestiaire des filles, le mercredi à la piscine.

Je me suis penchée encore plus vers mon épicentre, je ne sais pas pourquoi, sûrement à force de faire du yoga d’embourgeoisée, je ne juge plus mes idées. Je les laisse « voguer ». Ouin, c’est sûrement ça. Donc je n’ai pas questionné, mes actes et j’ai enfouis mes lèvres de face dans mes lèvres d’entrejambe. Je n’ai éprouvé aucune difficulté avec une telle contorsion. Viens-je de découvrir un truc, moi là !?

Perplexe, j’ai reculé mon visage et exploré la zone avec mes yeux puis avec mes doigts examiné mes lèvres. Pourquoi ? Sûrement à cause des articles à la con sur la chirurgie esthétique génitale que je lis dans des magazines à gentilles pétasses qui m’influencent malgré moi. La conne que je suis, au fond. Bref, après inspection des lieux et un frisson désinvolte, mon sexe me plaisait, relativement, beaucoup. Quand même, hésitante, j’ai replongé ma tête dedans et toujours sans aucune difficulté, ben ça alors.  J’ai eu des effluves de mon propre jus et ce n’était pas déstabilisant, même excitant.

Je me suis souvent demandée ce que ressentait un gars qui plonge le visage au cœur du sexe d’une fille, et je me suis dit y’a rien là. Ça nous fait ressentir plus que vivant, cette odeur saline et épidermique de fente. J’ai glissé ma langue à l’intérieur, ça m’a semblée goûter un fruit saumâtre que je ne connaissais pas. Oufff  frisson 2 . J’ai continué de me visiter le dedans avec ma langue plus douée que j’pensais. Bim, je suis tombée  direct sur la partie la plus festive de mon anatomie, quand je pense qu’il y a des gars qui mettent du temps à la trouver. Qu’ils me demandent… Je salive pour que ça glisse bien. Un clit’ bien humide de mouille ou de salive, ça libère tout son potentiel sensitif. C’est presque un blasphème au corps humain que de passer à côté en ne l’enduisant pas de respect. Je ne te dis pas de me cracher dans la chatte garçon, mais tu sais, si tu veux bien que je salive d’appétit sur ton gland alors la réciproque fait sens.

J’m’assieds sur mon lit, parce que la dernière secousse de plaisir m’est montée au cerveau comme une bulle de champagne et aussi pour ne pas perdre l’équilibre dans une honteuse chute qui aurait alerté mes colocs. Frissons 4 et 5, je continue la job. Ayoye ! C’est comme beaucoup trop bon, c’est sismique. Ma noune goûte le champagne, va falloir sabrer. Alléluia. Je me sens comme un grand explorateur du 17ième siècle qui pose le pied sur le nouveau monde. Hey boy, ça va ben ou ça va pas ben présentement ? J’veux même pas le savoir. Ce que je suis souple, pareil.

Je continue parce que je vais jouir puissamment dans 48 secondes, je pense. Dans ce mirage sexuel, je me sens tellement clairvoyante que je peux évaluer à la seconde près  le sabrage des hostilités. Les bulles de champ’ poppent  d’un peu partout. Ma langue s’agite vigoureusement sur la partie magique du milieu de mon corps, huilée et injectée comme une trop grosse moto de liberté lâchée, sur une route de campagne américaine, trop ensoleillée. PUTAIN. J’m’envole doucement et fort à la fois. Doucement puissant. Frissons 6, 7 et 8. J’entrouvre la bouche, lâche des sons de plaisir de fille à teaser n’importe quel homo, j’en suis sûre. Je respire comme un asmathique qui fume encore des clopes ou un vieux méditerranéen après une trachéo artisanale. Je me titille les seins, l’image mentale de mon rond nichon me stimule démesurément, gros frisson 9.  J’ai une vision de moi-même gouinassée.  J’aurais pas dû me goûter l’entrejambe, je pense. Maudit yoga. Anyway, Je me prépare à être “orgasmée” de la tête aux pieds dans 12. J’passerai pas à côté. À la guerre comme à la guerre, solidaire de moi-même, j’introduis un doigt puis deux dans ma fente, frissons 10.  Je pense à un garçon d’un coup mais je te dis pas qui, pasque tu le connais, hiiii frisson 11. J’essaie d’effacer son image pour que ma jouissance soit la plus égoïste et indépendante. Compte à rebours 9, 8, 7, frissons en rafales… La découverte d’une telle souplesse pousserait-elle ma propre autarcie à son comble ? Ayoye, frissons mitraillés, intenses, je décolle. Mon corps est léger de partout jusque dans mes cheveux qui volent de cette mollesse, comme quand on se trouve sous l’eau, tels les algues au fond des lacs. Mes doigts glissent en moi, vite, vite, vite, puis effleurent mon clit’ trop sensible après chaque passage de ma langue, trop virtuose. Des gouttelettes de champagne ruissellent sur tout mon corps et brillent de leur lueur dorée. Mon épiderme au complet sent le champagne. Ma chatte le goûte, frissons ultimes, je viens et c’est du solide. Je jouis ma race. J’étouffe mes cris de bienvenue dans le monde des vivants. Essoufflée, frissons 20, 21, 22 et 23 décroissants…

Je m’allonge de tout mon corps transpirant, mes colocs eux sont dans le salon, ils regardent le hockey, c’est le temps des séries. Pis moi j’capote et je respire fort de ce qui vient de se produire, un sourire d’autosatisfaction scotché dans la face. Un deux pour un : un sourire vertical pour un sourire horizontal. Quel honneur me suis-je fais là, me dis-je. C’est de l’autocélébration, le mythe de Narcisse à son paroxysme. Si les gars faisaient pareil, on ferait quoi nous ? Si un garçon pouvait s’auto-fellationner, ça s’rait la merde, un véritable bordel ambiant. Une chance qu’ils soient généralement moins souples que moi, ils suceraient mieux que nous, les filles.

J’me lève, je saute dans mes jeans, il me faut sabrer une bouteille de champ right now. J’enfourche mon bike l’entrejambe tout juste huilé de ma propre salive et de ma jouissance direction la SAQ, l’appel des bulles… Je roule sur Bellechasse en quête de ce jus or, mes doigts sentent moi, je me promets de ne pas recommencer.

-Sherifa Tarasse

Sheriffa Tarasse

 

1 Comment

  1. daria
    September 9, 2014

    bah ca !
    malgré l’écriture du canada profond, j’aime !
    Sherifa Tarasse tu déchire!

    Bise
    Daria

    ps: je pense à toi parce que je te connais hihi frisson 1

    Reply

Leave a Reply