Illustration de Catherine White

Illustration de Catherine White

On doit bien trouver de bons côtés à travailler dans un club vidéo, surtout à 27 ans, ne serait-ce que pour éviter de fondre en larmes à chaque fois qu’une quarantenaire névrosée nous demande de lui conseiller une bonne comédie romantique.

Le principal avantage est irréfutablement celui d’avoir accès aux noms et aux numéros de téléphones de centaines de jolies filles. Non pas pour appeler l’une d’elles au bout milieu de la nuit et lui demander de décrire ses petites culottes comme Philip Seymour Hoffman dans Happiness, mais seulement pour avoir la POSSIBILITÉ de le faire… Seulement pour se précipiter sur Facebook dès qu’elle a mis le pied hors du magasin, pour espionner son profil, croiser les doigts pour qu’elle ne soit pas familière avec les privacy settings, repérer la section « souvenirs de Cancun», mettre le panneau « de retour dans 5 minutes » dans la fenêtre, s’enfermer dans la salle de bain réservée aux employés et se branler en fixant LA photo où on peut discerner son mamelon durci à travers son haut de bikini… Ce genre d’avantage.

Malheureusement, le club vidéo où je travaille depuis quelques mois a peu à offrir côté « stimulation ». Pas de section XXX, pas de portes closes derrière lesquelles des couples audacieux peuvent se donner en spectacle devant les caméras de surveillances. Un club-vidéo « répertoire » de deux étages où pour UNE étudiante en cinéma vachement bandante vous devez souffrir DIX couples de vieux bourgeois à la recherche du dernier film de Claude Miller (alors qu’ils pourraient facilement le louer à moitié-prix au Vidéotron du coin).

De 21h à la fermeture (23h), le club est pratiquement désert et je suis laissé à moi-même, seul avec mes bas instincts, devant des centaines de boîtiers poussiéreux, priant le ciel, à chaque soir, pour qu’une inconnue fasse sonner la cloche de la porte d’entrée, vêtue, telle Dominique Sanda dans Un Chambre en Ville de Jacques Demy, d’un long manteau de fourrure sous lequel on devine sa nudité. Qu’elle s’approche de moi et qu’elle m’invite au sous-sol pour me faire oublier l’espace de quelques minutes, en enrobant ma queue de ses lèvres chaudes et pulpeuses à la Angelina Jolie, que suis condamné à être un personnage de Clerks toute ma vie.

Heureusement, la semaine dernière, oh miracle des miracles, mes prières ont été exaucées.

Alors que sur l’écran principal je regardais pour la énième fois Risky Business, plus particulièrement la scène où, à la fenêtre, Tom Cruise soulève la robe diaphane de Rebecca De Morney et caresse son corps pendant qu’un coup de vent puissant ouvre les volets du salon et pousse des feuilles mortes dans la pièce, scène que je peux facilement remettre deux ou trois lorsqu’il n’y a pas de client (ce qui est toujours le cas). Bref, alors qu’à l’écran les volets s’ouvraient et que le corps nue de Rebecca se faisait caresser par Tom, une jeune femme pénétraient dans le vidéoclub sans que je ne la remarque, occupé que j’étais à contempler une des plus belles scènes érotiques du cinéma américain.

Un léger raclement de gorge me fît redescendre sur terre et je me retournai pour apercevoir, devant moi, un espèce de croisement entre Geneviève Galéa et Léa Seydoux qui me regardait, tout sourire, en tenant une copie de The Last Picture Show.

À la télé, Tom baisait Rebecca dans toutes le pièces sur une chanson de Tangerine Dream. Je pris la télécommande et avançai le DVD d’un chapitre en m’excusant. « Pas la peine de s’excuser. Vous auriez pu le laisser.» me dit-elle. À son accent, je constatai qu’elle était française… Chouette mes préférées!  Sous le choc, je me contentai de rougir.

«C’est votre section ça?» poursuivit-elle en pointant l’étagère sur laquelle elle venait de prendre le film.

« Euh, oui, euh, c’est ma section. Tu, tu connais ce film-là? »

Elle hocha la tête, me complimenta sur mes choix, puis me demanda si j’avais un film à suggérer à une jeune immigrante fraîchement débarquée dans le quartier et tristement seule et nostalgique par cette soirée d’hiver. Époustouflé par sa beauté singulièrement… française, je dus bégayer pendant au moins 5 minutes avant de pouvoir commencer à penser à commencer à trouver une suggestion. Le fait que je ne cessais de me répéter que j’allais TOTALEMENT me masturber deux, ou peut-être trois fois sur son profil Facebook n’aidait en rien à la situation. Finalement, je réussi à lui proposer, Nuit d’été en ville, ce qui me semblait tout à fait à propos, et lui demandai de m’attendre un instant, le temps d’aller le chercher au sous-sol.

Pendant que, accroupi, je cherchais le film dans la section Deville, je constatai en voyant ses jambes recouvertes de bas collants noirs descendre les escaliers (drôle de choix par ce temps froid) qu’elle n’avait pas suivi mes directives… La vilaine. Elle s’approcha de moi pour jeter un coup d’œil aux boîtiers placés au dessus de la section Deville, son con à hauteur de mes yeux derrière sa jupe de velours verte. Je mis finalement la main sur Nuit d’été en ville mais je demeurai accroupi un instant, pour tenter de calmer ma respiration saccadée qui, je le sentais, était le seul bruit audible dans la pièce. Je me relevai tranquillement en regardant ses jambes une dernière fois. Son regard était attiré par la pochette de Downhill racer, celle où les bouches des protagonistes sont dangereusement proches. Moi je fixais sa nuque dénudée avec la folle envie de la lécher, pour ensuite faire mon downhill racer et faufilé ma tête sous sa jupe.

Je repris mes esprits et lui tendis la pochette. Elle me sourit et se dirigea vers l’escalier. Je la suivis et admirai son cul plus que parfait qui dodelinait de gauche à droite en montant les marches. Nous nous dirigeâmes vers le comptoir. Juste au moment où j’allais lui demander son numéro de téléphone pour accéder à son dossier et par le fait même me faire à l’idée que je n’avais visiblement pas les couilles pour tenter quoi que se soit sur une inconnue, elle repéra une affiche sur le mur. « Oh, c’est 2 pour 1 aujourd’hui? Auriez-vous quelque chose d’autre à me conseiller… Au sous-sol. » Note à moi-même, remercier le propriétaire pour son mercredi 2 pour 1.

Nous descendîmes au sous-sol. Je sentais qu’elle me suivait de près, je pouvais pratiquement sentir sa poitrine qui frôlait mon dos. Pour la forme, je fis semblant de chercher un peu, mais je vis qu’elle me regardait, attendant que je fasse un move sur elle. Je décrétai sur le champs que la subtilité n’était plus une priorité et je pris un boîtier, m’avançai vers elle et le tins à deux pouces de son visage : Baise-Moi.

Je jetai le boîtier au loin et plaquai la française inconnue contre le mur. Je l’embrassais goulûment tout en déboutonnant son manteau et sa chemise. Son soutient-gorge se détachait par le devant (chouette, mes préférés!), ce que je fis rapidement. C’est alors que j’aperçus les plus beaux seins qu’il m’eut été donné de voir de toute ma vie. L’image de la sublime poitrine de Ludivine Sagnier dans Gouttes d’eau sur pierre brûlante me vînt immédiatement en tête. Je me mis donc à les sucer avec une fougue qui m’étonnait moi-même. Puis, je caressai son bas ventre et mis ma main sous sa jupe. Derrière elle, sur un rayon, Eddy Murphy me regardait avec un grand sourire sur la pochette de Raw.

Juste au moment où j’allais glisser ma main sous ses collants et sous sa petite culotte, j’entendis le bruit de la cloche de la porte d’entrée… Un client, à cette heure, à ce moment précis… Ah oui, celle-là, je l’oubliais. Va. Te. Faire. Foutre. L’inconnue se rhabilla rapidement et monta les escaliers en trombe. Je restai là, prétrifié, comme si le dernier DVD de la saison 4 de Breaking Bad venait de figer sans que je ne puisse voir la scène finale.

Après quelques minutes, je remontai à l’étage. Une quadragénaire (la plus névrosé d’entre les névrosés) m’attendait devant le comptoir, comme à chaque semaine.

« Quelle bonne comédie romantique tu peux me suggérer cette semaine? Genre, avec Tom Hanks ou quelque chose du genre ».

Elle repartit avec Antéchrist après lui avoir juré qu’il s’agissait de la plus belle comédie romantique des 10 dernières années. Je mis la pancarte « De retour dans 5 minutes » dans la fenêtre, verrouillai la porte et me dirigeai vers la salle de bain pour rassembler le plus de souvenir possible des dernières 15 minutes.

Je ressortis de là, la besogne terminée, et j’essuyai mes doigts collants sur l’affiche de la section « Comédie Romantique », comme Frank dans The Squid and the Whale. Une goutte de ma semence coula le long du panneau et termina sa chute sur le visage de Tom Hanks sur la pochette de You’ve got Mail… Ma suggestion pour la semaine prochaine.

-Victor Heavy Bellequeue

Victor Heavy Bellequeue

2 Comments

  1. fille facile Grosse
    June 12, 2014

    Je me permets d’écrire un petit commentaire dans le but de
    féliciter l’admin

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  2. foufounette fraîchement épilée
    June 23, 2014

    Bon, je n’ai guère fini de regarder cependant je
    reviendrai plus tard

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