Illustration de Marie-Anne Dubé

Illustration de Marie-Anne Dubé

Pas de ma faute si je me branle tous les jours en pensant au no 24 le mulâtre, au no 6 le petit rebelle, au no 18 avec ses cheveux longs… Mais c’est de ma faute si j’ai l’air d’un gros pervers dégueulasse, assis sur le banc en haut de l’escalier du Cap-Blanc. Je devrais au moins me lever, faire semblant de flâner un peu, ce serait plus subtil, mais je les entendrais plus, je les sentirais plus.

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Les poumons et les mollets en feu, le goût de vomir, mais pas question que les autres me distancient. Officiellement, c’est parce que je suis orgueilleux, mais avoir leur cul à un pied de ma face me dérange pas pantoute.

Trois, deux, une marche, l’enfer est fini. Le coach est content. Warm down, on retourne tranquillement vers le collège. « Le gros pervers dégueulasse est encore là. » Je me retourne, surprend le regard du crotté sur mon cul. Qu’est-ce qu’y me prend d’y sourire?

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Deux jours que je fantasme chez nous sur le no 17. Pas une beauté fatale, mais le corps sculpté par le sport, et surtout l’attitude, la grâce unique qui nous quitte tous le jour de nos 20 ans. Et il m’a souri…

16h18. Maudit trafic, je suis en retard. D’habitude, le mercredi, ils arrivent à 16h05, 16h10 gros max. Les numéros gagnants habituels sont là, et l’extra avec ça, le 17. Ils s’engouffrent dans l’escalier. À chaque fois qu’ils réapparaissent, leur bouche est plus grande, leurs traits sont plus tirés, la sueur imbibe plus leur maillot. À chaque fois je suis plus bandé.

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En haut de l’escalier, je prends des petites pauses exprès, juste pour faire saliver davantage le crotté : la gazelle chasse le lion. Il a un petit genre, pas Brad Pitt, mais pas Gilles Latullipe non plus. Ça serait le fun d’essayer, faire ma pute encore une fois.

Les autres retournent au collège. «  Je vous rejoins tantôt ». Son étonnement quand je m’approche de lui. « Salut! » « Salut… » « T’es souvent icitte, t’aimes ça le soccer? » Parle parle, jase jase, j’ai pas juste ça à faire. « Ça te tente-tu d’aller marcher dans le bois? »

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Pas besoin d’un dessin. Dès que les arbres nous cachent, mes mains explorent son corps comme si c’était le dernier continent. Il ruisselle de sueur. Lui s’excuse. « J’suis pas propre propre… ». Pas grave. Vraiment pas grave.

J’enlève son maillot trempé, et ma langue entreprend le chemin salé vers le bonheur, d’abord les cheveux, puis le cou, les pectoraux saillants, les abdos comme autant de collines à franchir, pas une once de gras ̶ dire que j’étais comme ça il y a 15 ans. Le paradis se dresse fièrement, caché sous les hormones et le nylon. Je l’atteins en baissant ses shorts, déjà tachés par quelques gouttes annonçant le déluge.

Sucer la graine du no 17 après son entraînement, c’est frencher le bonheur, c’est frencher la vie. Des cris derrière moi m’interrompent. C’est la première fois que je vois partir une gang de touristes chinois sans prendre de photos, en regrettant sûrement de pas avoir choisi le tour de calèche comme les autres.

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Je profite de l’intermède asiatique pour chercher un peu plus d’action. La langue du crotté est plutôt habile, mais c’est pas de la tendresse que je veux – j’ai mon chat pour ça. « Veux-tu que je te fourre? » « Vas-y mollo par exemple ». À peine ma queue l’a pénétré qu’il se lamente. J’essaie de ralentir, d’y aller plus doucement, il se plaint toujours. Un peu sensible l’ami.

Je me retire, prends une autre capote. « Veux-tu me fourrer à la place? » Petit oui gêné, son gland franchit ma barrière. « Plus fort! » « Envoye! » Je le provoque, je l’insulte, ça marche enfin : il vire fou, crie plus que moi. Ça fait mal. « Continue! » La douleur devient atroce, se transforme en plaisir intense. Un gars qui n’a jamais eu de pénis dans le cul a définitivement raté sa vie.

Nous venons à peu près en même temps. Enfin. Le crotté semble sonné, comme surpris lui-même d’avoir été capable d’une telle violence. On reprend nos souffles. Il me demande :

– Où tu restes?

– À Cap-Rouge.

– Moi aussi. Veux-tu embarquer?

– Non, j’vais prendre l’autobus.

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L’entraînement est presque fini quand j’arrive. L’entraîneur a l’air en beau fusil. Après leur course, il leur fait faire des pompes. D’habitude, ça serait Fukushima dans mes bobettes, mais depuis l’aventure d’hier avec le no 17, bof… Je veux juste avoir du fun, moi, pas violer du monde.

Aussi bien aller prendre une marche. Proche du jardin Jeanne d’Arc, un groupe fait des étirements. Ils n’ont pas de chandails numérotés, sont plus minces que ceux de l’escalier, un club d’athlétisme j’imagine. Intrigué, je m’adosse à un arbre. Ils se mettent à courir autour des Plaines. À chacun de leur passage ma graine reprend davantage vie. J’ose pas cligner des yeux, je veux ramener ces nouvelles images à Cap-Rouge.

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Le coach est en tabarnak, mes bras vont éclater tellement on fait de push-up, mais je suis aux anges. Les autres gars sont complètement brûlés, complètement sexy. Le crotté est pu là, je m’en sacre autant que lui, on sait bien tous les deux que l’amour-qui-rime-avec-toujours se trouve pas au Cap-Blanc. Avec la quantité de gens qui nous regarde forcer comme des bêtes, y en a sûrement dans le tas qui veulent mon kit, pis qu’y vont l’avoir.

– Le Matou

Le matou

 

 

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