Illustration de Marjolayne Desrosiers

Illustration de Marjolayne Desrosiers

C’est aux petites heures du matin d’un party qui battait son plein, dans une maison louche tenue par des anciens producteurs de porn (200 lits sauna spa piscine racoins sombre toutt la pentante), qu’il est débarqué dans ma vie.

Il est arrivé de même, comme un cheveu s’a soupe.

Huh.

Non.

Un cheveu dans soupe c’est dèg. Ça c’était loin d’être dèg.

Il est arrivé dans ma soupe, point.

De mon bord je mangeais le même bouillon pimpé depuis plusieurs années, pis je l’aimais encore. Je trouvais qu’il me nourrissait bien, qu’il était réconfortant, riche pis qu’il goûtait encore bon. J’avais jamais eu envie de rajouter des pains baguettes à mon lunch juste pour être wild ou pour avoir un jardin secret juste à moi, ni même jamais eu besoin de mettre d’autres épices; j’avais trouvé la recette qui me faisait oublier toutes les autres.

Tsé l’expression l’herbe est plus verte chez le voisin, ben c’était pas pour moi.

Le voisin, c’était moé.

Quelques mois avant le fameux soir d’ensorcèlement, il m’avait un peu fait de l’oeil à table de lunch de mon boulot temporaire en s’asseyant devant moi de manière déterminée, se présentant franchement, le regard insistant. J’avais toutt vu son jeu. Il avait l’air tellement sûr de ses charmes, il m’avait gossé. Il se prenait pour qui, un roi guerrier?

Anyway, c’était sans effet; le voisin, c’était moé.

Cela dit, j’avais quand même déterminé que ça allait être lui mon target facile de french si j’avais à frencher quelqu’un à ce party-là. Un french, on s’était toujours dit que c’était inoffensif avec celui avec qui j’avais élaboré la parfaite recette de soupe.

Fait que 3h30 du matin en pleine nuit d’un Noël trop tard fin janvier, je décide de pas prendre le bus qui me ramène dans la région administrative no. 06, j’avais envie de fêter encore. J’étais pas encore allée dans la section spa-piscine, fait que enweye, y’est presque 4h.

Qui vois-je, tout seul qui fait de la nage synchronisée dans la piscine alors que 17 personnes s’entassent dans le petit spa frette? Le Roi Guerrier.

Un fou d’une poche, je choisis la piscine.

Je me suis glissée doucement dans l’eau. On s’est checkés. On s’était repérés de loin. On nageait tranquillo de notre bord, se rapprochant sournoisement. On a continué à nager juste, on n’avait anyway rien à se dire. Après quelques instants, on a fini par se faire face, le visage à quelques pieds l’un de l’autre. On respirait à la surface, les deux bouches entrouvertes. On se regardait fixement. On se disait rien, mais on savait tout. Il m’a dit que mon maquillage qui coulait ça lookait nice et sexy. On se regardait les bouches qui haletaient. L’eau entrait et ressortait un peu, on la repoussait dans une pure sensualité. On catchait tout. On communiquait à mort, par notre respiration, par nos yeux, nos bouches, nos non-dits.

Il a entamé des aller-retours sous l’eau, alors que je restais immobile en surface. Quand il disparaissait, il osait approcher ses mains de mon corps, glissant le plus bout du bout de ses doigts de bas en haut sur les côtés de mon corps en suspension, du milieu des cuisses jusqu’au commencement de ma poitrine versant cage thoracique, avant de fuir comme un poisson habile. Refaisant surface, il revenait vers moi pour une nouvelle joute de respirations érotiques, regards insistants et évocateurs.

À ce moment, l’extrême sensualité qui s’est dégagée de cet être jugé over cocky m’a complètement captivée.

Après avoir échangé des mots sans importance genre as-tu quelqu’un dans ta vie toi on s’est finalement frenchés un peu weirdement parce qu’on avait pas de sol palpable sous nous, juste de l’eau pis un rebord de piscine tenu à une main. Malgré le fait que c’était pas l’embrassade du siècle vu les conditions, ce moment a été d’une sensualité si déroutante que ça s’est inséré dans mon esprit pour le reste de la soirée.

Fallait poursuivre l’expérience.

Après l’avoir pourchassé du regard comme un animal en rut et épié tous ses déplacements, on s’est retrouvés avant d’aller dormir sur le bord d’une rampe d’escaliers. Sans rien dire à part peut-être bonne nuit, je sais même plus, le léger échange de contact labial et le doute dans nos quatre yeux à savoir si on pousse l’affaire ou pas m’a rendue, juste, débile.

J’avais pas senti ce désir maladif de screwer quelqu’un depuis mon adolescence je pense, soit depuis le temps où je bouillais de baiser mais que je ne me le permettais pas parce que je voulais pas être la première de ma gang. Je me tenais avec des filles plus vieilles toutes vierges encore pis je voulais pas qu’on me juge.

C’était donc ça, le désir lié à l’interdit? C’était vraiment juste l’interdit qui rendait ça si fort?

C’était que trop bon. Mais ça fait ben trop mal.

Physiquement mal.

Phy-si-que-ment mal j’ai dit.

J’ai peut-être pas de balls, mais j’avais des blues balls en osti dans mon lit les heures qui ont suivies. Je m’attrapais l’entre-jambe comme une enfant qui a envie de pisser, comme si ça pouvait aider à me retenir ou à faire passer le désir. Je me tortillais sur mon matelas dur pas de draps pas de slipping, incapable de dormir, me roulant dans mon odeur de chlore de cheveux qui sèchent, qui on aurait dit, après un certain temps, sentait juste le sexe, juste lui. J’avais la chatte qui débordait, qui brûlait, j’étais mouillée pour 15, j’étais complètement obsédée. Mon corps tremblait, je devais contenir des gémissements qui seraient sortis tous seuls. Je m’imaginais aller me glisser dans son bout de lit dans la même pièce que 27 autres personnes, pis commencer à fourrer en me câlissant de me faire voir ou de me faire entendre. L’image m’excitait encore plus même. On aurait fait comme si tout le monde dormait en sachant que c’est faux, pour apaiser ce désir qui n’était devenu que douleur, pour que je puisse peut-être dormir à mon tour.

**

On ne s’est pas croisés le lendemain, mais ça devait inévitablement arriver dans les jours qui suivirent, vu qu’on travaillait dans les mêmes lieux, temporairement. Je tentais de continuer à soulager comme je pouvais mes balls restées ben blue depuis le weekend.

Quelques jours plus tard, à la dite table lunch, il m’a glissé quelque chose dans la main; les boucles d’oreilles que j’avais enlevées sur le bord de la piscine pour ne pas les perdre.

Il les avait gardées toute la soirée. Pis pendant deux jours.

Il sait ce qu’il fait le criss, pis ça marche sur moi à 1000%.

On s’est échangé des courriels d’un érotisme fascinant pendant un temps avant de se donner un premier rendez-vous. Déjà complètement perturbés.

C’est dans ces rendez-vous que l’image du Roi Guerrier a pris une autre signification. J’en était arrivée dans les années précédentes à trouver qu’un pen c’t’un pen, pis une péné c’est une péné. J’avais ben plus des envies de femmes que d’un nouveau pen, tsé tant qu’à faire changement. Huh-huh. Fuck that. Qui leurre-je?

Le Roi Guerrier m’a amené avec lui au grand galop. Il me ridait comme personne. Il me défonçait tellement fort que j’en saignais souvent, sans jamais avoir mal.

Fuck. Ça se pouvait pas.

Mon corps était offert au complet et il prenait soin de chacun de mes endroits. Il ne négligeait rien. Il s’occupait de tout. Chaque geste était précis, chaque mot choisi, chaque regard calculé. Il me disait que mon maquillage qui coulait quand il me baisait ça lookait nice et sexy. On était à des miles des effleurages extra sensuels dans l’eau le soir du party, mais savoir que les deux extrêmes étaient possibles avec la même personne était d’autant plus intoxicant.

On a voué un culte adorateur à nos odeurs pendant une longue période. Son parfum discontinué rare cher qu’on trouve juste sur eBay à Hong Kong à cause eux autres y’ont tout ce qui existe s’a planète de dispo, mélangé avec son odeur de corps de gars, ajouté de mon parfum à moi de pharmacie super dispo, amplifié des odeurs de nos deux sexes consommés…

Ce mélange d’épices m’a tuée.

Dans le voisinage, la soupe avait tournée anyway.

Il s’est faufilé dans ma peau comme une drogue dure, j’ai nos épices de scotchées dans le fin fond des sinus pis ça s’en va pu. Quand je tombe en manque, j’expérimente carrément un état de crise. Je me pogne l’entre-jambe, je me mets en boule, le sexe débordant, brûlant, mouillé pour 15, douloureux. Me masturber devient dérisoire et poche à mort. J’attends que ça passe.

Un des soirs où on s’est jetés l’un sur l’autre comme la misère sul pauvre monde, il revenait d’un entrainement en piscine. Sa queue dans ma bouche, ma langue sur ses couilles, son corps au complet sentait la première soirée dans le manoir, la douceur des doigts sous l’eau, le déclic d’une folie pas si passagère que ça finalement, l’odeur de mes cheveux sur le matelas dur pas de slipping, les rides au grand galop qui ont suivis, les blues balls…

Maintenant, à cause de lui, le chlore ça sent la graine. Pis criss que j’ai toujours aimé ça me baigner.

-Georgina Sexy Q

Georgina Sexy Q

 

1 Comment

  1. del
    November 10, 2014

    Génial. Enivrement olfactif.

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