Ilustration Blanche Louis-Michaud

Ilustration Blanche Louis-Michaud

Assis, à laube, sur le rebord de ma grande fenêtre qui donne sur en arrière.

Jdors jamais moi, calice.

Jreste planté comme dans un pot à fureter dans ldehors jusqu’à laurore pis après jmange. Jmange pour me donner de l’énergie pour ma journée de rien, rien du tout.

Non, ce nest pas la paresse qui mcolle le cul à mon chez moi; jsuis emplâtré. Jme suis fourré les deux jambes dans lvinaigre pis ç’a mal tourné! PACLOW! Pis une visite chez lmédecin.

Jvis tout seul, donc entre moi et la fenêtre ya une réserve de chips et de cannes de chef en canne pour que jpuisse me traîner en snackant en chmin. 

Jvous dis pas lodeur que jdégage… sérieux, cest mieux pas.

Jdéprimerais, si la nuit y’était pas là. La raison du pourquoi que jdors pas et que jguette dans ldehors. Cparce que de lautre côté du petit jardin dun mètre carré qui sépare mon bloc de lautre, avec un chat qui passe des fois en criant ses chaleurs, ya une fenêtre. Direct en face de la mienne, qui donne sur la chambre du gars d’à côté. Pis le gars d’à côté cest un dieu en shape qui fait sûrement du crossfit pour avoir un corps de même. 

Ça fait que tous les jours, jle guette, jattends pour voir ses six pieds de muscles criant qui rentrent dune dure journée suante.

Moi, jle vois, il a sa lumière grande ouverte. Lui, il me voit pas, jsuis ben fermé

Tous les soirs, même affaire; il débarque chez lui, laisse tomber sa valise de monsieur et s’écroule sur son lit double, tout habillé de son habit de gars qui fait comme tout lmonde dans un bureau de la plus haute tour. Un vrai prince des temps modernes. 

Il reste étalé pendant un bon dix minutes, le temps de respirer I guess, pis vers 21h, il se relève de sa méditation, enlève son veston, décalisse sa cravate et disparaît pendant deux heures. T’sais le temps de sfaire à manger et de rgarder les feuilletons mouillés de la télé sans vision qui rendent le cerveau mou.

Jen profite pour me pitcher sur mon plancher pour grignoter des fonds dsac, comme un rat.

À 23h, sa tête refait son entrée dans lcadre de sa porte de chambre, comme un tableau, bien accrochéÀ cette heure-là, il est douché et prêà sflatter. Cest là que lvrai show commence.

Il se débarrasse de sa serviette encombrante pour laisser respirer la bêbête dessous. Il sort son ordenador sans cordon qui va lui servir de show pour mon show, show off. 

Il se branle, cest simple. Il fait aller sa main dans un mouvement de va et vient inconstant, parfois rapide, parfois lent. Pis moi? Jfais pareil. Jle suis sans quil puisse fuir.

Quand il finit, il sessuie avec sa serviette qui traîne pis sliche un peu la main pour sdébarrasser dune couple de gouttes volatiles. Pis moi? Jreste gommant, men fous, ma fenêtre est un jardin de jizz.

Cest comme çà tous les soirs; il se montre, moi j’épie, il se fait plaisir, ça mfait plaisir, tout lmonde est content, merci, bonsoir. Jle regarde quand il dort aussi, – il oublie sa lumière -, parce quil est beau, encore plus quand il rêve. 

Fac, tous les soirs, même chose. Cest lplus proche que jai été dune vraie relation depuis ben longtemps parce que jsuis pu ben ben sociable… jhaïs lmonde un peu. Sauf lui.

Ce soir-là, il a pas débarqué à la bonne heure. Je lattendais sur le bord de ma fenêtre, mais il est pas entré, il sest pas étendu pour respirer, niet

Ce soir-là, il est arrivé à minuit, jcommençais à être en criss, il était où, calice?

Ha ben, jai mon criss de voyage, ça menvoie plus loin que lAfrique cette histoire là

Ce soir-là, IL EST PAS TOUT SEUL!

Une maudite blonde platine, bronzée comme le sacrament. Ça va être laitte et ridé dans 10 ans cette affaire-là, une ptite tortue verte qui vomit son trop plein de party dla veille, hostie.

Elle se penche sur lui – jvais la battre et labattre, la criss – et lui détache sa ceinture avec ses dents – jlui souhaite que ça lui casse dans yeule – pour finir à sfrotter la face sur son paquet comme si c’était une lampe magique. 

Elle se prend pour qui, elle? Cest mon show privé à MOI! Jlai pas invité, cest pas un ladies night dans un cheap bordel du Village de Montréal.

Jai les dents qui grincent pendant quelle se prend pour une reine du poteau.

Jessaie de me concentrer sur lui, juste sur lui, sur ses muscles qui crient « au secours, elle me touche » et son gros membre lui hachant le cul en deux. Jsouhaite quelle crève.

Mais elle crève pas. Elle continue de sbalancer entre ses reins, elle se retient pas. Et jregarde la scène, comme une torture. Jai envie de crier, de balancer des pierres et de tout péter. Je pleure un peu, beaucoup, à la folie.

Et puis, jai une idée. Une idée bien simple, mais qui va tout détruire pour toujours. Elle, elle va dégager et moi, jvais retrouver ma vie davant, celle de ma liberté.

Jme garoche sur mon plancher, dans un dernier effort, aprèça cest fini. Jattrape le fil de ma lampe auquel ya un bouton qui va déclencher la bombe qui va faire tout s’écrouler.

Jappuie.

Les deux sarrêtent et me regardent droit dans ldedans dmes yeux. Jpense à combien jdois leur être un peu terrifiant, nu, les deux jambes dans lplâtre et tout gras de sébum, de chips et de sperme.

Le gros cochon, il se reprend et essaie de lembrasser, de la convaincre de continuer. Cest bien mon homme à moi ça, il abandonne pas au combat. Elle est dégoûtée et déguerpie aussi vite que venue, la salope.

Il sassoit sur son lit face à la fenêtre, se passe les mains dans les cheveux, un peu découragé. Il se tourne la tête brusquement vers la porte, probablement parce que lautre folle vient de claquer à lentrée.

Et puis, il se retourne vers moi, me regarde droit dans les yeux, sans expression, comme curieux.

Et puis, venant de nulle part, surgissant à la commissure de ses lèvres

Un sourire.

-Le Loup

Le Loup

    1 Comment

    1. Olivia
      August 5, 2015

      «Ma fenêtre est un jardin de jizz» J’ai ris outloud, formidable! :)

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