7_Amour tantrique_David Arcouette

Illustration de David Arcouette

 

Mes jambes croisées en tailleur sur le bloc de bois lisse. Je ne les sens plus depuis un moment.

 

Cela fait plusieurs semaines que tu es là devant moi. Lorsque je suis arrivée ici, tu étais déjà là. Ta respiration donnait une cadence régulière et rassurante au silence. Tu étais comme un bloc de quartz au milieu de la pièce toute en cèdre. Je voulais m’approcher pour observer ton front tendu vers le ciel.

 

Dans la forêt, les jours et les nuits s’égrainent dans le plus grand mystère. Depuis combien de temps suis-je ici à fixer mon esprit sur un seul point d’existence ? J’entends ma respiration et le vent,  l’eau qui s’égoutte des arbres après la tempête, le bois qui craque dans les hauteurs, les battements d’ailes de bêtes étrangères.

 

Je me suis assise de l’autre côté de la pièce et je t’ai étudié de loin. J’essayais discrètement d’harmoniser ma respiration à la tienne. Au début, c’était douloureux, ma concentration flanchait toutes les trente secondes et je me détestais de m’être imposée ce pèlerinage absurde. Centimètre par centimètre, j’ai traversé la pièce au fil des jours. Toi tu n’as jamais tourné ton visage avant cette seconde.

 

Tu glisses tes yeux dans les miens. Lentement. Lentement. Lentement. Je ne cille pas.

 

Nos genoux qui se touchent nos mains qui se frôlent ta respiration ma respiration tu m’inondes avec tes yeux. Je ne vois plus les murs je ne vois plus le sol je ne sens plus mes jambes ni mes bras. J’avale ta bouche dans la plus extrême lenteur sans même la frôler dans le tout petit filet de buée qui relie mes lèvres aux tiennes.

 

Puis mes yeux reviennent se liquéfier dans les tiens.

 

Mon cou croisé au tien mon menton flanqué contre le haut de ton dos je ne te vois plus mais je te sens qui ne me quitte pas. Ma tête qui glisse le long de ton épaule capte chaque petite aiguille de chair de poule toi homme seul dans la forêt depuis si longtemps. Ma joue contre le rond osseux de ton épaule le duvet tout près de ma tempe qui ondule sur ton os saillant la chaleur de ta main près de ma nuque tes doigts à seulement quelques millimètres puis ton index très lentement jusqu’à mon front.

 

Ton regard encore dans le mien. Magnétique.

 

Très longtemps nos deux visages suspendus en respirations à l’unisson et moi ce désir étrange qui monte très doucement étampé sur toutes les petites particules de peau de mon corps-antenne jusqu’à mes articulations qui chauffent. Ton souffle à l’intérieur de mes genoux qui remonte dans le dos de mes cuisses avant d’entâmer l’ascension de mes fesses ta langue qui redescend jusqu’à la fossette droite de mon dos. Mes bras tendus derrière moi mes mains dans tes cheveux puis derrière ta boîte cranienne mes doigts qui frôlent le contour de ton oreille et son lobe pour graver dans ma mémoire l’image mentale de leur volume. Nous voulons ensemble décomposer chaque mouvement pour qu’il perdure dans l’infini avec nos deux corps qui fusionnent lentement et totalement pour ne devenir qu’une seule masse thermique qui palpite.

 

Tu éloignes ton visage du mien pour m’observer encore une fois alors que finalement tu entres en moi comme si tu retournais dans ton propre corps. Ton regard clair une vague déferlante sur mon esprit qui se noie complètement ton sexe brûlant comme une torche de feu qui fait fondre des parois jusqu’ici inhabitées. Tes doigts entre les miens tordus à force de se tenir trop fort qui ne s’écarteront pas avant que l’infini ne s’épuise sur cette terre. Tu me possèdes dans une lenteur qui frôle presque l’immobilité et je sens la progression millimétrique de ta verge contre mon sexe.

 

Je retiens ma jouissance et mon plaisir devient de plus en plus aigu, irradiant en chocs électriques dans mes jambes dans mes bras partout comme les vagues déferlantes un soir de marée. Ton menton dans mon épaule ton torse entre mes omoplates ton nombril aspiré à l’intérieur de moi comme un joyau précieux. Nos membres implosés tissés l’un à l’autre dans le déluge alors que le jour se transforme en nuit et que la nuit cède le pas au jour. L’extase qui perdure dans le plus grand silence de nos voix, sans même un murmure pour entendre la forêt qui craque tout autour comme un vieux lit usé.

 

Une Femme Respectable

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