Illustration de Josie-Anne Lemieux

Illustration de Josie-Anne Lemieux

J’avais pas 14 ans, j’en avais déjà dépassé le double et pourtant j’abusais de mon app snapchat avec lui. Je devenais instantanément dingo quand j’apercevais la petite pastille jaune apparaître sur mon cell. Je pense même que mon compte snapchat était relié à ma noune parce que, crisse, que connexion il y avait. Décharge presque électrique, je recevais direct entre les jambes, à chaque notification.

J’avais rapidement admis que Snapchat était un gouffre à cachoteries et que les amants pas “légit” se vautraient dans ce puis sans fond puisque les preuves de leurs badineries se volatilisaient au moment même où elles se déroulaient.

Ce qui, à mon plus grand délice, je confesse, attisait les pires idées. Une splendide escalade à la débauche et surtout une exquise absence de censure qui privilégiait l’expression de vérités, si propices à l’embrasement et aux désirs inavoués.

Une ôde à la vérité finalement, voyons ça grand et beau, tant qu’à faire.

Je romançais alors peut être la chose mais mon nouvel ami Snapchat, était d’une ouverture d’esprit saisissante et favorisait une lapalissade du moment, un fucking carpe diem aux effluves de sexe qui m’ouvrait l’appétit de façon gargantuesque.

Je commençais à aimer bien trop cet abysse qui amenait mon exhibitionnisme jusqu’ici ignoré à son paroxysme. Je redevenais (enfin) un animal avec de l’imagination et un sexe. Chaque notification me le rappelait et me ramenait à ma condition de bête humaine pour mon plus grand ravissement et celui de l’autre bord du téléphone.

Pour nous, Snapchat, était adéquat parce que nous étions en conflit d’intérêts, dirons nous, pour la faire courte. Exprimer notre envie du corps de l’autre aurait été très mal vu et ostracisé. On m’aurait mise au bûcher sur la place public. Comme j’étais rousse avec des cheveux un peu longs, j’aurais brûlé comme une sorcière, sous les cris haineux d’ignorants jaloux. Belle tyrannie de la majorité bienpensante.

Je pouvais bien réprimer ce désir logé au creux de mes entrailles mais je n’en avais pas assez envie. Alors, oui, je plaiderai coupable avant de brûler même si je n’étais pas responsable du marasme physiologique que ce beau brun malcommode laissait dans mon abdomen.

Mes petits seins pointaient vers lui des qu’il était dans les parages, je voulais lui montrer, ça devenait une obsession. Viiiiiiitte mon Snapchat que je me cache quelque part pour lui envoyer cette image de mes seins arrondis et durcis pour lui, disons pour un 5 secondes et puis observer sa réaction quand il va sortir son téléphone de sa poche et qu’il va éviter mon regard, sinon il va bander sur le champs. Nice. Attendre la notification jaune en retour. Etouffer son plaisir. Masquer son souffle. Être en public. Jouer.

Cela dit, je ne sais pas comment cela se faisait que personne ne flairait cette envie de baiser l’autre parce qu’il me semble que cela emplissait chaque pièce où nous étions, tous les deux. Ironiquement, je romançais la chose.

Je constatais que la vie m’avait bien appris à faire semblant, la connasse.

Snapchat était devenue notre soupape, une escalade vertigineuse de nos idées lubriques, d’une si belle sincérité dans une parenthèse mensongère. Une cachette.

On évitait donc de laisser des traces de nos envies incandescentes de l’autre, appart dans nos mémoires respectives. Des fois çà et là trainaient quelques étincelles qui se transformeraient en brasero à la moindre photo de ton bat ou mon sein, ou mes doigts dans ma bouche, ou tes yeux, ou mon cul, ou encore ma main glissant entre mes jambes, paramétrés pour un 6 secondes, non 8 enflammées à n’importe quelle heure de la journée !

A pastille jaune, je mouillais, je savais que le message serait salace et pétri de projets graveleux et que quelque part dans la ville le garçon interdit pensait à mes seins, mes hanches avec peut être même déjà son bat dans les mains. Ces hanches qu’il disait vouloir attraper avec rudesse pour s’y agripper afin de me rentrer dedans plus profond. Ça me faisait perdre un peu le nord, chaque fois, que de lire cela. Une phrase comme une flèche, une photo éphémère beaucoup trop pleine de promesses de sexe, 5 secondes, puis 8 secondes, un fragment de son corps, un commentaire brûlant, une main en chemin vers son pen, une autre photo, sa main rendu plus bas, 4 secondes, le beau salaud, un mot humide, puis 2, 6 secondes à nouveau, une photo de ses jogging qui glissent à terre, ma main dans mes sous-vêtements pour 5 secondes. Il joue avec mes nerfs, Oups tout a disparu.

Ma main s’amuse alors avec mon entrejambe énervé sans que je m’en sois rendue compte. Je me caresse, maudis son absence et me sens légère des mes mouvements sur mon sexe, en attendant la suite avidement sur mon écran de téléphone. Son bat prêt à venir pour 9 secondes, c’est beau, bascule en mode vidéo, fuck les mots, vidéo encore de 5 secondes, puis 4, 3, 2 secondes, puis 1, il vient, enweille les émoticones presque expressionnistes et ringardes, plus rien pour un instant… L’orgasme sur le bord des doigts, le souffle perché.

Je viens alors moi aussi et c’est presque monumental, je n’en reviens toujours pas de ce que mes doigts sont capables de faire. Je reviens sur terre. Tiens le brun, ouvre donc mon aftersex selfie. Joues rosies, visage moite, yeux féroces, entrejambe béat, cœur léger, fuck la culpabilité. Soulagés, on va pourvoir enfin s’endormir léger.

J’adorais le faire venir pars sexchat, je le confesse, cela devenait une drogue. Je n’avais jamais vu ce brun sans vêtement mais je connaissais son bat par cœur.

L’aspect live et si fragile de Snapchat me rendait câlissement horny en 2 temps 3 mouvements. Le trhill d’ouvrir un message me rendait chaque fois plus fébrile comme un enfant de pauvres qui découvre que ce satané père noël est finalement passé sous le sapin.

Tiens, encore la pastille jaune,  y m’envoie quoi cette fois, il est où ? J’ai envie. J’me tortillais chaque fois à l’idée de l’ouvrir. Ici ?  Non, je ne peux pas… J’ai envie de le sucer, non qu’il me rentre dans le mur, non que je le frenche, non qu’il se frotte le bat dans mon cul, non qu’il frotte ses doigts plus bas entre mes jambes et qu’il me regarde droit dans les yeux quand je n’arrive plus à garder les miens ouverts. Je le voulais pour l’explorer, le lécher, me le rentrer dedans, son bat bandé pour moi et les mille et une photos de moi nue qu’il avait emmagasinées nul part. J’avais envie de m’arracher les entrailles, tellement le jeu me comblait et me frustrait simultanément. On s’adonnait à ce divertissement indécent depuis des mois. On s’était tellement crossé sur les pics de l’autre que j’avais l’impression qu’on connaissait le corps de l’autre, ses méandres et ses secrets, sous leurs meilleurs angles. Je m’imaginais le goût de ce bat que je croyais connaître. Même mon propre corps exposé ici, m’excitait comme s’il n’avait pas été le mien.

L’art de mettre en scène nos corps par fragmentation devenait diabolique, rendu là.

On comptait à notre champs de compétence désormais cette habilité à se crosser, à se faire venir, à prendre des photos aguichantes tout en écrivant avec l’autre main. Je nous trouvais pas mal doués. Je commençais même à penser qu‘on méritait le corps de l’autre.

Snapchat était ce trou noir qui favorisait les blancs de mémoire mais celle là je m’en souvenais, j’en avais même fait une capture d’écran :

22 :14

Je suis seul devant ma fenêtre ciboiiiire…

 

22 :16

Il neige et la seule chose que je me dis, c’est que je t’explose au fond de la gorge en mettant, mes paumes sur tes oreilles pour que tout ce qui existe, ça soit ma queue dans ta bouche

 

 

Je fondais alors immédiatement de désir et m’asphyxiais d’inassouvissement. Il me manquait, hormis son goût, son odeur que j’essayais de synthétiser. Cette odeur que chaque fois que je le saluais dans les évènements sociaux, j’essayais d’humer. À la dérobée, enregistrer des effluves de lui, en voler un filet. Un détonateur.

Je pensais à ses lèvres molles, sur lesquelles, je voulais m’écraser et que je voulais voir glisser partout sur mon corps interdit et à son sexe qui me glisserait entre les doigts jusque dans ma bouche.

Ha et puis celle là m’avait turnée on, en deux deux, tard dans la nuit alors que j’étais déjà presque endormie :

3 :14

Hey toi !

3 :15

Avec la poudre que j’ai dans le sang, jte baiserais rough. Si.

Si…. Si t’étais là.

Le mot rough me raisonnait un peu partout dans les parties sensibles de mon corps : « rough rough rough » en rafale me rendait essoufflée. Snapchat allait peut être avoir ma peau. Le maudit fantôme laitte m’irritait autant qu’il m’excitait. Fuck, j’en devenais esclave. En tout cas, j’étais pas ben ben drogue moi dans vie, mon père m’avait expliquée, toute gamine, comment, il allait devenir con s’il avait continué de consommer toutes les saloperies qu’il ingérait avec ses potes. Alors ben, je l’ai écouté. Alors Padre, si tu lis cette nouvelle, sache que j’ai su t’écouter plus que tu ne le penses. Mais là, mon père, on s’en crisse (sorry Dad) parce qu’à ce moment là, je voulais juste qu’il dépose des rails de coke partout sur mon corps et qu’il me sniffe à grandeur.

Je me sentais volcanique et face à l’urgence, on avait finit par s’organiser un rendez-vous volé, fait de chair, de sang et de salive.

***

Dans cette chambre un peu trop sombre, où je ne le voyais pas assez, je ne pouvais pas le scruter, c’est que j’avais pris l’habitude de voir parfaitement son corps, même morcelé, même pour quelques secondes. Je sentais bien sa présence par contre et je me disais déjà que je voudrais la sentir à nouveau. Enfin je le sentais et j’aimais l’odeur de son cou.

Je ne sais pas si c’est Snapchat qui nous avait habitués à se crosser, sur le corps de l’autre mais autant qu’on avait envie de se toucher, autant, on continuait à toucher chacun notre propre corps au son des expirations de plaisir de l’autre.

On se masturbait chacun au rythme des soubresauts de ces corps si souvent photographiés et nos mains glissaient d’un sexe à l’autre. Le mien s’emplissait d’une immense légèreté depuis son centre vers l’extérieur. Les spasmes qu’il subissait venaient tantôt de ma main, tantôt de la sienne. Nos liquides d’entrejambe un peu trop motivés se collaient à nos mains pour migrer entre les jambes de l’autre. Je jouais avec son manche et j’avais tant de fun de le voir frémir, pour de vrai. J’ai glissé mes lèvres dessus pour enfin goûter le garçon. Chacune des ses contractions quand je l’enfonçais dans ma bouche me semblait être une récompense.

Il a finit par rentrer sa belle arme, que j’avais si souvent vue, dans le fond de mon ventre et ça m’a soulevée.

On alternait entre baise et masturbation croisées. Je voulais me faire venir à répétition, c’était ben trop facile. Reprendre son souffle et recommencer. Son corps comme un « all you can eat » tsé. Sauf que j’aurais voulu me servir bien plus que mon appétit me le permettait.

Je voulais me remplir de tout son corps, tous ses doigts, ton son bat, que ses lèvres s’égarent sur tout mon épiderme, mes cheveux qu’il tire. Je respire. Je viens. Je reviens.

Il s’astiquait le bat pendant que je me fouillais lascivement le centre du corps rendu over-sensible. Je m’approchais de lui doucement. Je collais ma chatte sur sa cuisse en me touchant pour qu’il sache exactement ce que je faisais, au son de mes gémissements et secousses de ma main. Un glissement de terrain a fait s’aligner nos bassins de nouveau, je l’ai chevauché et fais entrer trop lentement son sexe dans le mien pour profiter du moment et que ça nous énerve un peu. C’est là qu’il m’a pincée fort les cuisses, le maudit, l’intérieur des cuisses, là où la chair est la plus sensible. Je vais avoir une belle ecchymose. Ça me ravit.

Alors qu’il se branlait encore, allongé sur le dos, je me suis agenouillée sur lui. J’ai glissé mon entrejambe sur ses couilles qu’il sente bien nos humidités partagées. Les allers et venues de sa main sur son membre, me faisaient presque sursauter. On sentait les mouvements respectifs des nos mains, la sienne qui branlait son bat, la mienne qui dansait sur mon clit’ et la chaleur de nos sexes qui se touchaient dans ce pêle-mêle de mains et de plaisirs pas solitaires, mutuels.

M’asseoir sur toi. Fermer les yeux… Je pensais plus qu’à des trucs qui impliquaient son corps dans le mien, ses doigts qui me fouilleraient tout le temps. J’en avais même eu peur de développer des sentiments confondants ou de devenir dépendante de notre jeu volatile, de tout mélanger ou pire être sincère. C’est que j’ai appris beaucoup dans les dernières années parce que j’ai été pus ou moins forcée de fréquenter de proche, le manque d’éthique ou l’indiscipline ou la rébellion voire la lucidité ; je ne sais plus comment nommer tout cela. Je ne sais plus où est la ligne et je sais que les choses sont impermanentes, éphémères, volatiles, vraies et fake en même temps. Je l’ai toujours su depuis gamine (ça aussi padre c’est toi qui me l’a appris, gracias ou pas) mais là mon corps, mon cerveau et mon cœur l’avaient computé. J’étais presque prête à devenir une horrible bouddhiste des temps modernes, fuck. Ma chute, ma décrépitude. Alors comme pour m’interrompre dans mon spinnage semi-artistique et rétablir l’ordre des choses, il est venu « partout » sur mon lit et j’aimais ça.

Il a dû quitter la chambre sombre avant le petit matin pour sauver les apparences. Moi, je suis venue beaucoup de fois dans la chambre sombre.

-Sherifa Tarasse

Sheriffa Tarasse

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