Illustration de Véronique Côté

Illustration de Véronique Côté

 

Ayant toujours été un lève-tôt, je suis pas très doué pour la grasse matinée. Y’a juste quelque chose en-dedans de moi qui me force à ouvrir les yeux. Que ce soit samedi, dimanche; que je me sois couché à minuit ou à 5h00 du matin; que je sois en pleine forme ou malade comme un chien… Vers 7h30, chaque matin, les yeux ouvrent. Ce matin-là, il était 7h38 quand j’ai ouvert les yeux. Cependant, en regardant mon cadran, à gauche du lit, j’ai remarqué autre chose.

Une silhouette se dessine dans mon lit.

Puis, un mal de tête me prend. Pas bu assez d’eau avant de me coucher, apparemment. Et avec le brouillard qu’il y a dans ma tête là où il devrait y avoir les souvenirs de ma fin de soirée, je me dis que c’est pas surprenant que ma priorité n’était pas de m’abreuver. D’eau, en tout cas.

Je profite du fait que mon mystérieux compagnon de lit dort toujours pour me diriger vers la salle de bains. Seule pièce fermée du semi-loft dans lequel j’habite depuis près d’un an(duquel je suis amoureux, d’ailleurs), elle me permet de caler quelques verres d’eau et prendre une ou deux Advil.

Je me regarde dans le mirroir. Mon ventre me paraît particulièrement plat, mes fesses plus rebondies. Ma barbe de vacances est glorieuse, au goût du jour et pas trop brousailleuse. Le mois d’août me va bien, avec les journées de vélo et le programme de course que j’ai enfin réussi à suivre à la lettre.

La fin de soirée me revient finalement en tête. Apportez votre vin. Suivi du karaoké. La paie du jeudi de vacances qui est si douce; être payé à ne rien faire, non mais quel bonheur. Plus que deux jours avant de retourner à la réalité.

Je me rappelle être passé sur scène, un peu après 2h. C’est lui qui m’a suivi; le gars dans mon lit. Sa toune était un peu plate, mais il chantait bien.

Quand il a eu fini, je l’ai félicité. On s’est parlés. On a frenché. Ça a pas été long, en fait. 10 minutes, peut-être. Un discret thumbs up de la part de mes deux amis, et on était dans le taxi.

Une fois chez nous, c’est flou, encore. Mais je ne pense pas qu’on ait fait grand chose; trop saoul. Par contre, je me souviens qu’il embrasse bien. Très bien.

Un petit coup de rince-bouche (de la triche, je sais) et je retourne au lit. Mon ami ne bouge pas.

Difficile de ne pas être en érection. C’est chaud sous les couvertures et, puisque l’air climatisé fonctionne dans l’appartement, je ne peux pas vraiment me placer ailleurs que près de lui.

Il est plus petit que moi. Mais il a un de ses corps que les gars de cette constitution ont souvent; on dirait qu’ils arrivent plus facilement à muscler leurs épaules, leurs fesses. Il est bronzé aussi, naturellement on dirait. Peut-être libanais, ou du moins métissé. Il a un tatouage géométrique sur l’épaule droite. Des genres de triangles qui s’entrecroisent. C’est beau.

Mon érection ne tarit pas d’éloges sur son corps, en tout cas.

Il doit avoir senti mon érection, car je sens qu’il commence à bouger. Je me rapproche, et le ceinture de mon bras droit. Le corps est chaud, la peau douce. Je dépose un petit baiser sur son épaule. Il entrouvre les yeux, se tourne vers moi. On se fait finalement face.

  • Yé quelle heure…?

Il ponctue ça d’un petit gémissement, comme un enfant qui ne veut pas se lever pour l’école. Discrètement, je retourne le cadran avec ma main droite.

  • Pas important.

Ma main descend sur son torse, puis le côté de son corps. Je caresse la fesse droite pendant que son regard croise finalement le mien.

  • .!
  • Allô.

On s’embrasse, la bouche fermée. Il a pas fait le truc du rince-bouche, lui.

Je relève la couverture. Continue de l’embrasser. Dans le cou, puis je descends vers le ventre. Une fois au nombril, je fais exprès de passer par-dessus son sexe. Pas y aller trop vite.

J’embrasse sa jambe droite, puis la gauche. Je passe ma barbe sur l’intérieur de ses cuisses. Embrasse de plus en plus près de l’entrejambe, puis je retourne au ventre. Remonte. Passe un moment sur les mamelons. Je l’entends finalement gémir un peu. Il va finir par se réveiller pour vrai.

C’est pas tout le monde qui est du matin comme moi.

Je saisis le scrotum de la main droite alors que je remonte l’embrasser avant de me mettre au travail.

Le pénis est circoncis, d’une taille respectable et, surtout, bien dressé en l’air. Je me fais une joie de commencer la journée avec un aussi beau specimen.

Je soulève, lèche, embrasse, prend le temps de retourner aux jambes, aux mamelons. Je marque mon territoire sur tout son corps, m’assure que chaque terminaison, chaque poil soit bien réveillé et prêt à l’action.

Mon manège semble fonctionner puis je sens sa main saisir mon épaule, pour que je remonte. On s’embrasse à nouveau, toujours la bouche close, puis il me retourne à mon tour et m’installe sur mon dos. Il prend une seconde ou deux à embrasser mon dos, puis plonge entre mes fesses.

J’adore un homme qui sait ce qu’il veut.

J’enfonce ma tête dans l’oreiller qui sent l’homme et le laisse explorer un peu. Il est doué, doux, prend son temps. J’essaie d’étouffer un gémissement, puis me rappelle que nous sommes seuls dans l’appartement. Pas de raison de jouer les mimes.

Je lui laisse savoir que j’apprécie beaucoup son doigté, et il redouble d’ardeur. Mon érection semble sur le point de percer le matelas, au point où ça me fait presque mal. Il semble s’en rendre compte car il me retourne pour engouffrer ma verge turgescente en une seule lampée.

Il a tellement le bon rythme que c’en est épeurant. J’ai besoin de lui donner aucune indication; très rare à un âge où tout le monde pense que plus c’est rapide, mieux c’est.

Je le fais remonter pour ne pas venir après seulement quelques minutes; je ne veux pas l’avoir réveillé pour rien, le pauvre.

On s’embrasse sur les lèvres, un baiser chaste. Ironique, sachant ce qu’on est entrain de faire; mais le matin n’est pas l’ami des grands coups de langue et des haleines de lendemain de veille. Mais c’est agréable; on prend le temps de se regarder un peu. Vraiment beau; je suis bien tombé. Il caresse ma barbe pendant que j’ouvre le tiroir de la commode à côté du lit. Il est encore groggy; il se retourne sur le ventre, lève un peu les fesses vers le haut et ferme les yeux.

Il ne m’en faut pas plus. Je mets le condom, mets un peu (trop, comme d’habitude) de lubrifiant et entre doucement en lui. Il pousse un petit cri étouffé, comme quelqu’un qui reçoit un coup de poing au ventre et a le souffle coupé un moment. Je me dis que je suis peut-être allé un peu vite.

  • Excuse-moi, ça fait longtemps…
  • Pas grave. Continue.

Il me le dira pas deux fois. Je finis par trouver mon rythme, moi aussi. Il gémit, il attrappe l’oreiller, agite son bassin sous mes va-et-vients. Je colle mon visage sur son cou, respire son parfum qui n’est plus qu’une vague effluve de la veille.

Je vois la sueur perler sur son dos. On prend une légère pause; je me couche sur le dos, pour qu’il puisse s’asseoir sur moi. Il saisit mes deux genoux et commence à se balancer à son rythme. Les yeux fermés, toujours, mais je sais qu’il n’y a aucun risque qu’il ne se rendorme dans cette position.

En le regardant balancer la tête vers l’arrière, en voyant la sueur qui découpe les muscles de ses épaules, je sens un fourmillement dans mon bas-ventre. Je l’avertis. Il accélère un peu la cadence, attrape son pénis et se met à se masturber. J’attrappe les côtés de ses jambes. Je me cambre, respire, respire puis jouit en lui. Il continue de se masturber alors que je me retire et me place à genoux derrière lui pour embrasser son cou, son tatouage. Il attrape mon poignet et vient à son tour. Ses fesses se rétractent alors qu’il grogne et explose sur mon édredon.

Haletant, on s’embrasse à nouveau. Il se lève pour aller à la salle de bains. J’enlève les draps et la couette du lit; je m’étends sur le drap contour en l’attendant. J’entends des bruits de robinet, puis le son de quelqu’un qui se gargarise.

Il vient me retrouver; on se refait face et on s’embrasse. À pleine bouche, cette fois-ci.

Il se rendort dans mes bras et, étonamment, moi aussi.

Pour la première fois depuis des années, je dors jusqu’à midi, paisiblement, dans un sommeil sans rêve.

 

-Handsome Stranger

Handsome Stranger

 

 

 

 

 

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