Une illustration de Amélie Roy

Une illustration de Amélie Roy

 

 

 Je regrette déjà.

 

 

Mais surtout, je déteste ça quand des idées préconçues s’incrustent en moi et me déroutent de mon chemin. Parce que foncièrement, je ne vois aucun problème à vivre ma vie comme je l’entends.

 

 

 

– – –

 

 

 

Toi, tu as quoi ? 53 ans. 54 ans. Pis moi la « fin vingtaine ». On a environ 25 ans de différence. Deux décennies et des miettes. Mais au fond, on s’en fout de notre âge. Pourquoi ça serait mal vu ? « On fait pas des choses comme ça ! »  J’entends ma mère dire. C’est qui ce « on » qui dicte ce qui est bien et pas bien. Pour qui il se prend ? Ok tu es peut-être marié, mais ça, c’est une autre histoire.

 

 

 

Ma petite culotte était tombée. Il était déjà trop tard.  Ça allait se passer. Tu allais pénétrer en moi comme si je t’appartenais déjà, comme si tu connaissais mon corps par cœur. Caresser mes courbes doucement, tendrement, lentement, mais avec une telle assurance. J’étais toute entière à toi, mes défauts aussi. Mes jambes pas épilées, mes cheveux pêle-mêle, sur mon ventre mon tatouage de plume, d’une autre époque, si post-adolescente.

 

 

 

Tu n’as pas réfléchi toi. Comment tu as fait ? Pour toi de toute manière, c’était évident, il n’y allait pas avoir de suite. Donc mieux valait en profiter. Se laisser aller. Prendre son pied, quoi !

 

 

 

Ce n’était pas encore tout à fait l’hiver mais le froid s’était bel et bien installé. Il pleuvait à boire debout, pis baiser aussi. Tu es venu me donner un coup de main avec l’installation des plastiques dans mes fenêtres.  « Je ne suis tellement pas manuelle, plutôt maladroite. » C’était probablement une excuse. Enfin. Je te regardais pour apprendre, comme tu disais, mais au final c’est plutôt tes épaules, tes bras qui sont restés gravés dans ma tête. Tu aurais pu faire mon lit que je t’aurais trouvé tout aussi sexy. Tu te foutais de ma gueule à chaque étape. Tu voyais très bien que je ne retenais rien de ce que tu me disais.

 

 

 

J’ai gardé ma chambre en dernier. Ça j’assume, je l’ai fait exprès. Quand tu as terminé de coller le dernier coin, tu avais encore le séchoir dans les mains. Tu l’as tenu longtemps comme un rempart face à l’inévitable. Tu pouvais le braquer à tout instant si jamais j’osais faire un pas. Puis toute résistance parue inutile, et même ridicule. Tu as déposé le séchoir sur le sol devant toi. Puis tu l’as enjambé comme on enjambe un adversaire défait. Tu t’es approché de moi. Tu m’as demandé pour la forme si tu pouvais faire autre chose pour m’aider. Je ne t’ai pas répondu, je me suis penchée puis j’ai baissé la braguette de ton jean et j’ai tout fait glisser. Ton sexe s’est élevé devant moi, de plus en plus dur.

 

 

 

Aussitôt que je t’ai pris dans ma bouche, je me suis sentie bête. Comme si je ne faisais pas la bonne chose, comme si je ne savais plus qui je suçais. J’étais paralysée. Je ne savais soudainement plus comment faire. J’étais devenue une gamine. Tu m’as relevée avec tas bras et tes mains qui sentaient le plastique chauffé. Tu m’as embrassée avec avidité. Tu en avais tellement envie. Tu avais envie de mettre ta langue dans ma bouche, de me goûter pour me faire languir. Tu m’as enlevée mes vêtements un par un puis tu m’as couché sur mon lit si délicatement. J’étais une poupée de porcelaine.

 

 

 

Tu m’as embrassée partout. Il n’y a pas un endroit sur ma peau qui n’a pas reçu de baiser ou de caresse. Tout était pour toi désirable. Aucune partie ne méritait d’être snobée. J’aurais voulu que ça dure des heures.  

 

 

 

Puis pendant que j’étais encore étendue sur le ventre, tu as glissé tes doigts dans ma chatte tout simplement. Tu m’as agrippée les seins et tu as collé ton sexe dur sur mon cul. Mais je n’arrivais toujours pas à poser un seul geste. C’était toi le maître du jeu et ça te plaisait bien. C’était évident.

 

 

 

Je me sentais lâche et pernicieuse à la fois. Je sentais l’effet de mon corps nu sur toi et je te laissais te prendre dans la toile d’araignée que je t’avais tissée. Comme si tu t’en étais soudainement rendu compte et que tu voulais garder le contrôle de la situation, tu as coupé cour à nos préliminaires. Tu m’as laissée face contre terre et tu m’as pénétré d’un coup sec.  À chaque coup de bassin sur mes fesses la chaleur de mon corps augmentait. Je devais faire 50 degré de fièvre, tu aurais dû fondre.

 

 

 

Ne voulant sûrement pas gâcher le moment par excès d’autoritarisme, tu as ralenti la cadence, tu t’es retiré et je me suis retournée. Essoufflés, on s’est regardé longuement avant de s’embrasser. Tu m’as pénétrée à nouveau puis tu t’es retiré juste avant de venir. Ça m’a frustré un peu. Tu l’as clairement senti car tu t’es rapidement occupé de moi en posant ta bouche sur mes lèvres, ta langue dans ma chatte. Je n’ai pas été bien longue, j’avais envie de cela depuis quelques heures déjà.

 

 

 

Aussitôt venu, aussitôt parti. Tu étais déjà dehors quand je me suis relevée. T’avais beau avoir posé du plastique sur mes fenêtres, je sentais un courant d’air me parcourir le corps.

 

 

 

– – –

 

 

 

Je regrette déjà parce qu’on ne recommencera pas, parce que je n’ai eu qu’une chance et je n’en ai pas profité au maximum. J’étais dans ma tête.

 

 

 

Ta maturité, je la voudrais. Pour vivre là, pas à côté. Pis s’en foutre des regrets parce que des demains y’en aura de moins en moins.

-Vanity Dietrich

Vanity Dietrich

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