Illustration de Farah Allegue

Illustration de Farah Allegue

 

Depuis quelque temps, elle détestait baiser dans la voiture. Ce n’était pas le manque d’espace ou l’inconfort, au contraire. La voiture forçait souvent la position de la levrette ou l’obligeait à être sur le dessus, ses deux positions préférées, du moins celles où elle atteint le plus facilement l’orgasme. Non. Ce qui la dérangeait, c’est que depuis un moment, elle avait commencé à éjaculer. C’était nouveau chez elle. C’est arrivé pour la première fois il y a quelques mois de cela, alors qu’elle se masturbait. Elle n’avait pourtant rien changé à sa routine, mais pour la première fois, un liquide se répandit sur son matelas, la surprenant elle-même. Elle n’avait pas encore de contrôle et ça la prenait souvent par surprise, elle ou l’homme qui provoquait l’éjaculation. Elle avait prévenu son nouvel amant que ça pouvait lui arriver, ce qui l’avait excité. Mais jusqu’à maintenant, ça ne s’était jamais produit et il éprouvait une certaine déception chaque fois qu’elle jouissait et qu’il n’y avait pas éjaculation.

Ils baisaient souvent dans sa voiture, car ils devaient se voir en vitesse ou en cachette. Elle s’était jurée de ne jamais se retrouver dans de telles situations; fréquenter des garçons infidèles. Mais elle semblait attirer ces complications sans le vouloir. Ils devaient être discrets, ne pas laisser de traces, s’assurer qu’il puisse retourner chez lui sans que sa femme ne se doute de quoi que ce soit. Ce soir, il utilisait l’excuse de pratiquer avec son groupe de musique. D’autres fois, il allait jouer au hockey ou encore il allait simplement prendre une bière entre amis. Il passait la prendre, elle montait dans la voiture et lorsqu’ils avaient plus de temps, il l’amenait à l’hôtel. Mais généralement, leur relation était constituée d’une balade en voiture et d’une baise rapide sur la banquette arrière. Ensuite il la ramenait chez elle, ils s’assuraient de ne rien oublier dans la voiture et la laissait seule sur le trottoir, avant de rejoindre sa femme.

Elle se retrouvait donc accroupie par-dessus le banc du passager, dans un stationnement désert, alors qu’il la pénétrait. Se fixant elle-même dans le rétroviseur, elle ne pouvait s’empêcher de penser à ses éjaculations qu’elle ne contrôlait pas et aux problèmes que cela pourrait engendrer si, avec son orgasme, se déversait une quantité importante de liquide sur la banquette arrière. Sans en être certaine, elle se classerait parmi les femmes fontaines. Elle éjacule une quantité abondante de liquide qui laisserait certainement des traces sur le tissu de la voiture et mettrait sans aucun doute son amant dans le pétrin. Elle se sentit mal immédiatement après cette pensée. Elle n’avait pas à se préoccuper des infidélités de son amant, et si elle désirait éjaculer sur la banquette arrière de ce dernier, c’était son droit. Mais au fil des ans, ses nombreux échecs amoureux l’ont rendu fragile et maintenant, alors qu’elle vieillit, elle s’accroche au moindre garçon qui lui prête attention, espérant qu’il soit le bon. Il semblait évident dans ce cas-ci qu’il ne faisait que l’utiliser pour remplir des désirs sexuels qui n’étaient plus assouvis à la maison, mais elle refusait d’y voir clair. Ça faisait maintenant plusieurs semaines qu’ils se fréquentaient et jamais il ne l’avait amené au restaurant ou même simplement prit la peine de la questionner sur ses intérêts, ses rêves ou ses ambitions. En fait, plus elle y pensait, plus elle réalisait que la majorité du temps qu’ils passaient ensemble se résumait à baiser. Elle releva la tête et le fixait par le rétroviseur. Il était concentré sur son pénis ne regardant rien d’autre que la pénétration. À l’occasion, il relevait légèrement le regard vers les seins, mais jamais il ne la regardait dans les yeux.

Soudainement, toute cette aventure lui parut claire. Elle était inconfortable et malheureuse, et elle eut envie qu’il se fasse prendre. Que son amant se mette dans le pétrin et que pour une première fois, elle ne réponde plus à son appel. Elle ne voulait pas que cette aventure continue. Elle allait laisser un homme pour la première fois de sa vie. Elle prit cette décision exactement au moment où il déplaça sa main sur son sein pour en saisir fermement ses mamelons. Un geste qui habituellement l’excitait, mais qui aujourd’hui la répugnait. Elle voulait jouir malgré tout. Elle voulait y prendre goût, elle voulait éjaculer partout sur sa banquette, partout dans sa voiture. Et elle voulait qu’il explique à sa femme d’où venaient les taches sur le tissu. Elle savait qu’il allait lui mentir, mais chaque fois qu’il s’assoirait dans sa voiture, qu’il y installerait ses enfants sur la banquette arrière, il allait devoir penser à elle et à ces quelques semaines où ils se seront fréquentés.

Elle se remit donc dans l’action, déplaçant sa main afin de se caresser le clitoris, pendant qu’il continuait de la pénétrer. Il était sur le point de venir, elle le sentait. Il avait l’habitude de perdre la cadence lorsqu’il était sur le point d’éjaculer.

_Attends un peu, je veux venir aussi.

Il ralentit. Elle pensait à tout ce qui pouvait l’exciter, à d’anciens amants, à d’anciennes maitresses, des films et des fantasmes. Elle pensait à tout sauf à la situation présente. Elle se remémora cette première fois où elle éjacula sur son matelas et elle sentit qu’elle pouvait recommencer ce soir. Elle poussa un léger gémissement et d’un coup de bassin lui donna le signale d’accélérer. Elle savait très bien qu’il jouirait en premier, mais les quelques coups qu’il donnait après être venu allaient surement être assez pour la mener à l’orgasme. Elle stimulait son clitoris le plus rapidement qu’elle le pouvait avec ses doigts. Elle sentait le climax approcher. La cadence de la pénétration était de moins en moins rythmée et elle sentit son éjaculation. Elle devait faire vite. Il continua de donner quelques coups et finalement s’arrêta complètement. Elle était si près de jouir, elle continuait de se masturber alors qu’il retira son pénis et en saisissant quelques mouchoirs fit bien attention de s’essuyer avant de s’asseoir. Elle n’abandonna toutefois pas.

_J’ai pas fini, aide-moi!

Elle saisit sa main et inséra ses doigts à l’intérieur de son sexe. Elle était mouillée et alors qu’il la pénétrait avec ses doigts, il pouvait sentir son propre sperme se répandre sur ses mains.

_Dépêche-toi, j’haïs ça toucher mon sperme.

Elle ne pouvait s’empêcher de le détester encore plus et à travers sa frustration elle sentit monter l’orgasme. Ses cuisses frissonnaient et d’un spasme jaillit son éjaculation qui se répandit d’abord sur les mains et le bras de son amant. Elle continuait de se masturber, comme si ça pouvait augmenter la quantité de liquide. Son bras était de plus en plus faible et elle s’appuya contre le dossier du siège passager. Son éjaculation se répandait partout sur la banquette arrière. Il regardait le liquide dans la voiture, bouche bée.

-Qu’est-ce tu fais là!

Elle aurait voulu couvrir tout l’intérieur de la voiture de son éjaculation, mais le liquide finit par cesser de couler. Elle était fière de son coup, elle avait réussi à en mettre sur la majorité de la banquette arrière et en se replaçant elle réussit même à tacher le siège avant. Il était furieux, réfléchissant déjà aux mensonges qu’il devrait inventer.

_Je t’avais dit que je pouvais éjaculer, je pensais que t’aimais ça.

_Oui… Mais pas dans mon char christ… Comment j’vais cacher ça?

Elle haussa les épaules. Elle saisit aussi quelques mouchoirs pour s’essuyer. Elle replaça sa robe qu’elle n’avait pas pris la peine d’enlever et sortit de la voiture. Il rattacha ses jeans aussi mouillés par l’éjaculation et sortit aussi de la voiture afin de prendre place sur le siège conducteur. Il dissimulait mal sa frustration.

-Monte! Je te ramène chez vous.

Elle le regarda un moment, encore sous l’effet de son orgasme.

-Sais-tu quoi, je pense que je vais marcher.

-Arrête de niaiser là! Monte, je te ramène.

Elle sourit, heureuse de refuser son offre, heureuse de ne plus être dépendante de lui.

_Non, c’est beau…. Aussi, arrête de m’appeler, je répondrai pu.

Il resta silencieux un moment, ne sachant pas quoi répondre. Il finit par monter dans sa voiture en faisant claquer sa portière. Il démarra en trombe, la laissant seule au milieu du stationnement. Elle se mit en marche, sentant encore ses jambes molles. Elle ne put s’empêcher de sourire. Rarement, elle avait été aussi fière de l’un de ses orgasmes.

-Branle Manche

branle manche

 

 

 

 

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